Je cours.
Mes pieds survolent le sol. Des étendues vertes à perte de vue, un ruisseau en contre-bas, un soleil étincellant seulement voilé par quelques nuages, se baladant au gré du vent.
Des fleurs, des arbres, des animaux, une cabane et un univers qui ne connaît pas la limite de l'horizon.
Voilà mon monde, mon idéal, qui ne compte pour seul habitant que moi.
Moi et mon corps de rêve, mes longs cheveux bruns, mes yeux marrons clairs, étincellants de vie, moi et ma peau halée, moi et mes folies en particulier...
Personne pour me juger. Personne pour me le reprocher. Je suis désespérement seul, et cela me convient.
Je possède une bulle entièrement modulable, où je peux changer de surface, de temps et de paysage quand je le souhaite.
La mer, la montagne, la forêt, la neige, l'hiver ou l'automne ... mon imagination ne dispose d'aucune barrière. Je peux voler, si tel est mon envie, nager, courir pendant des heures sans ressentir la moindre fatigue ni risquer de mourir noyé, comme si j'étais ... anesthésié ...
Une utopie en soit.
Mais la réalité est tout autre. Pas d'étendues vertes, juste du blanc. Pas d'espace, juste quatre murs, le sol et le plafond. Pas de son, ni d'odeur, juste une absence de bruit, une absence de sens. Pas de saison, ni de paysage, pas de fenêtre, à peine une porte, et cette lumière assourdissante qui m'aveugle depuis que je suis ici.
Je ne peux pas bouger, et je ne peux pas courir ... c'est peut-être cela le pire.
Au moins, je reste seul.
Moi, squelettique, les cheveux emmêlés, le regard teirne et la peau pâle.
Moi et cette asile qu'est devenue ma vie depuis maintenant 20 ans.