Ce que je possède : ma rage.
Ce que j’ai perdu : ma vie.
Ce que j’ai gagné : rien.
Du moins, en travaillant pour ces vermines, je pensais que, peu importe ce qui pouvait m’arriver, je ne pourrais pas tomber plus bas.
Je me trompais. Mais on reconnait le bonheur, paraît-il, au bruit qu’il fait, quand il s’en va.
Après ton départ, sous tes pleurs, je suis devenu sourd.
Je n’ai pas grand-chose à dire sur ma vie. Mes bonnes actions peuvent se compter sur les doigts d’une main. Je n’ai jamais vraiment eu d’ambition.
L’avenir ? Je n’en sais rien. Après tout on ne sait jamais de quoi demain sera fait…
Le passé ? Je tente désespérément de l’oublier, sans y parvenir.
Le temps ? Je n’en ai plus conscience.
Comme beaucoup de jeunes de mon quartier, avant même que l’on soit né, nos vies étaient déjà tracées.
Et elles menaient directement en enfer.
- Jail, qu’est-ce-que tu fous ? Tu te rends compte que c’est le plus gros coup de l’année ?! Si tu nous le fait foirée, de quelques manières que ce soit, je te fume je te le promets !
Lui, c’est Carlos, immigré clandestin qui a fuit l’Espagne, car sa famille trainait dans des affaires pas louches et ça commençait à devenir trop compliqué pour eux de marchander là-bas.
Je ne vous parle pas de drogue. Non, nous ne sommes plus en maternelle, là on joue dans la cour des grands.
Je vous parle du plus grand réseau de kidnapping au monde, dont l’oncle de Carlos, Vacci, un italien, est le patron.
- Oh tu m’écoutes ?! C’est la fille d’un des plus grands actionnaires d’Europe ! La deuxième plus grande fortune du monde, Lena Katsité. Nos espions ont vraiment eu du mal à obtenir des informations sur elle ! Elle était plutôt maligne la gamine. On n’a pas le droit à l’erreur tu le sais très bien ! On ….
- … a le droit qu’à une seule chance, je le sais. T’es lourd là …
- Elle arrive !
Kim, la seule fille de la bande. Informatrice, espionne, fouineuse, caractère de cochon. Pas très, voir pas du tout fréquentable.
- Bon, Jail, c’est toi qui t’en charge, t’es le plus doué d’entre nous pour ça ! On te couvre si les flics rappliquent ! Tout le monde en position !
C’est vrai que je ne me débrouillais pas mal. Quand c’était un garçon, je pouvais facilement le battre s’il tentait de se défendre ou alors le convaincre de me suivre s’il était assez naïf pour cela. Avec les filles, faire du charme était la meilleure des tactiques, mais elle, cette Lena, avait l’air plus futé que ses prédécesseurs.
Dans tout les cas, mentir était tout ce dont j’avais besoin de faire.
Moi, Kim, Carlos et les autres, on pouvait très certainement paraître ridicule, planqué derrière une poubelle, près d’une impasse. Mais ce qu’il allait se produire, chaque jour, des dizaines de personnes le vivent, dans l’ignorance la plus totale.
Il ne fallait pas qu’elle nous voit.
Il ne faillait pas qu’elle nous entende.
Il ne fallait pas qu’elle est le temps de fuir, et par-dessus-tout, il ne fallait pas qu’elle hurle.
Si elle criait, on était condamné à tuer tous les témoins, quels qu’ils soient.
D’après ce que je savais, elle venait de sortir du lycée et, habitant à deux pas, elle rentrait à pied. Le trajet ne durait pas plus de quatre minutes et il était envahi par une foule sans nom. C’était presque mission impossible d’enlever quelqu’un au milieu d’autant de personne. Je devais trouver un appât, n’importe quoi.
2 minutes et 35 secondes…
- Jail …
L’argent ne l’appâterait pas.
3 minutes et 4 secondes…
- Qu’est-ce-que tu fous ?!
- J’improvise…
3 minutes et 25 secondes…
- Saute lui dessus qu’on en finisse !
3 minutes 55 secondes…
- Ca ne marchera jamais, il y a trop de monde !
- Jail !!!
4 minutes et 2 secondes…
Je fis semblant de sortir de nulle part… Je venais d’avoir une idée.
- Euh… excuse-moi, commençais-je, mais je viens d’emménager dans le quartier, je me nomme Jason Delamasta et j’aimerais savoir si, comme je suis nouveau, tu pourrais m’accompagner demain au lycée ?
Elle me regardait avec… curiosité. Pas une curiosité enfantine, non, c’était plus complexe que ça. Elle me regardait, comme un condamné à mort regardait sa chaise électrique, tentant de savoir, non pas comment s’échapper, mais comment fonctionnait l’objet de sa perte.
Ce regard me troubla.
A ce moment précis, et j’en étais convaincu, elle le savait qu’en acceptant ma proposition, sa vie prendrait un tournant décisif.
- Pourquoi pas, après tout, j’accepte. Elle me tendit la main. Enchanté Jason, je m’appelle Laetitia.
Il y eu un blanc…
Laetitia ? Ce n’était pas possible, il n’y avait pourtant pas erreur sur la personne. A moins… qu’elle ne jouait ? Elle avait compris mon petit manège…
Comment ?
Je lui serrais la main.
- Bon je dois y aller ou mes parents vont faire une attaque. Alors, à demain, même endroit…, elle fit une pause, puis dans un sourire ajouta, Jason.
Et elle s’en alla.
Pourquoi ?
Pourquoi aurait-elle mentit ?
Pour cacher son identité ? Ce serait logique, avec des parents milliardaires, on n’est jamais à l’abri d’un kidnapping…
Pourtant, malgré moi, l’hypothèse qu’elle les fait uniquement pour me prouver qu’elle aussi savait mentir, me paressait la plus logique…
Soudain, un objet froid vint se coller contre me tempe, un cran de sécurité se fit entendre, et une détonation ne tarda pas à retentir.
.......
- Dommage Carlos, balle à blanc …
- Toi …
Il me prit à la gorge.
- Toi … C’était quoi ce plan ?!
Kim vint à mon secours, posant sa main sur le bras qui me maintenait à cinq centimètres du sol, et tenta de l’apaiser :
- Arrête Carlos, ici et maintenant, avec autant de monde, Jail n’aurait jamais pu l’avoir…
Il souffla un bon coup, se calma, il me semble, et me jeta à terre. Je restais assis au sol tellement j’avais du mal à respirer.
Je me massai le cou douloureusement.
- Merci …
Ce fût le mot de trop, tout ce que je vis fût le poing de Carlos s’abattre sur moi et lorsque je rouvris les yeux, ce fût du sang, mon sang.
Il m’avait tout bonnement explosé la lèvre…
- Fais ce que tu veux ! Mais je veux des résultats ! T’entends Jail, t’aura pas tous les jours de la chance !
Carlos tourna les talons et repartit en direction de notre planque.
Effectivement, de la chance, j’en avais eu. Ou étais-ce le destin ?
Dans notre organisation…, si on peut appeler ça ainsi, les armes étaient toujours chargés avec une balle à blanc. Si en tirant sur quelqu’un, la personne était épargnée par l’arme, elle devait aussi l’être par le tueur.
C’était notre seule loi.
Et elle venait de me sauver la vie, une fois de plus.
En tout, cela faisait la deuxième fois que Carlos tentait de me trouer la tête et ça faisait également la deuxième fois qu’il ratait son coup.
Vous me direz que l’on peut paraître crétin. Que cette loi peut rallonger notre existence, mais qu’elle peut également y mettre fin. C’est vrai, car l’ « épargné » en question, lui, n’hésiterait pas à vous tuer.
Ça va à sens unique.
Dans ce cas, pourquoi la respecter ?
Pour toute honnêteté, je n’en sais rien moi-même. Je pense que, chacun d’entre nous à ses raisons.
Moi, si j’avais une arme pointée sur moi, j’aimerais avoir ne serais-ce qu’une chance de pouvoir m’en sortir.
C’est pour ça que je respecte cette loi.
Carlos, lui, c’était Vacci, son oncle, qui avait tenté de le tuer. Il avait par, on ne sait quel miracle, survécu. Depuis, il s’est mis à son service et respecte également cette loi, en hommage au jour où celle-là même lui à sauver la vie.
Kim, quant à elle, je ne connais pas ses motivations. D’ailleurs, on sait peut de chose sur elle. A ce que la rumeur disait, elle viendrait d’une famille assez aisée, elle avait déjà un avenir tout tracé, et du jour au lendemain, elle aurait tout plaqué, sans raison apparente.
- Un jour, il te tuera.
Kim avait les yeux dans le vague, elle semblait… s’inquiéter pour moi ? Impossible ! D’habitude, chez nous, c’est chacun sa peau, tout le monde est remplaçable. Nous sommes tous similaires. Personne n’est unique. Si Kim venait à mourir demain, le lendemain, d’autres femmes, toutes aussi chiantes et fouineuses qu’elle prendrait sa place. Et une semaine après, c’est comme si elle n’aurait jamais existée.
- Tu ne tiens donc pas à la vie ?
Elle s’approcha de moi, et fit une chose que jamais, ô grand jamais, je ne pensais qu’un jour elle ferait. La grande Kim, de trente-cinq ans, s’agenouilla auprès de moi, sa main pris de l’élan, et accompagnant la parole au geste…
- Tu crois que c’était vraiment nécessaire de provoquer Carlos comme ça ! Abruti !
Elle me donna la gifle de ma vie.
- T’es même pas encore majeur, si t’a envie de mourir, il y a des façons moins douloureuses et plus rapide que ça !
J’en restais choqué, muet et incapable de bouger. Pourtant, je repris bien vite contenance, et, énervé au plus haut point…
- T’es pas ma mère, t’a pas à faire ça !
Je lui rendis sa gifle.
- Et jusqu’à nouvel ordre, c’est ma vie et elle m’appartient, si j’ai envie de la foutre en l’air, ce choix ne regarde que moi ! Mêle-toi de tes affaires !
Ce fût son tour d’être choqué.
J’avais hurlé au point que le temps et la foule s’arrêtèrent pendant quelques secondes.
Je ne lui laissais pas le temps de répliquer, que ce soit par des mots blessants ou des gestes qui le seraient encore plus, que déjà je repartis en direction de la planque.
Elle se trouvait non loin de là, sur un vieux port quasi-désert trois-cents soixante-quatre jours par an.
Ce que l’on appelait notre planque, ou notre maison, était en fait un vieux cargo abandonné, et qui par on ne sait qu’elle puissance divine, arrivait toujours à flotter.
Un bateau c’était assez pratique. Quand on avait besoin de lever l’encre, car la région commençait à être un peu trop surveiller par les autorités, on pouvait.
C’était gras, crade, en bordel, blindé de rat, et qu’en ça ne puait pas l’alcool ou la drogue, ça puait le sang et la mort.
Mais c’était ça ou dormir sur les quais, qui eux puaient le poisson. Ça peut vous paraître bizarre, mais le choix est vite fait.
En plus, n’étant pas trop nombreux, on arrivait à avoir sa propre chambre. Ce qui n’était pas du luxe.
Le cargo avait quand même l’avantage d’être spacieux, et n’étant pas plus de trente, ceux qui avait besoin de solitude, pouvait en avoir facilement. En effet, ça peut paraître absurde, mais vu la taille de l’épave, même moi, quand je me balade, il m’est assez rare de tomber sur un coéquipier.
Et quand bien même, j’arrive à croiser quelqu’un, ici, on n’est pas dans une bande de bas quartier, qui se sont regroupé uniquement pour tenter de créer une illusion à la famille qu’ils n’ont jamais eue. Non.
Ici, on est là que par intérêt.
Et si j’ai la chance de tomber sur quelqu’un de sociable, sur trente, il doit y en avoir trois, il faut que cette aimable personne puisse encore aligner deux mots, ou marcher sans se manger tous les poteaux du navire, c’était quasiment impossible.
La sobriété sous toutes ses formes, ici, était presque taboue.
Malheureusement pour moi, ma bonne étoile, si un jour j’en eu une, c’était joyeusement barré ce soir. Et sur le chemin qui menait à ma chambre, je rencontrais Carlos, qui, quand il remarqua que Kim n’était pas avec moi, ne se gêna pas pour continuer ce qu’il avait entreprit plus tôt.
J’eu du mal à rejoindre mes quartiers.
Carlos sait qu’il a besoin de moi. Mais il n’est pas con, il a uniquement besoin de moi vivant, en bonne ou en mauvaise état, drogué, saoul, amputé de deux membres ou pas, ça, c’était optionnel.
Quoique cette fois-ci, il m’avait juste cassé le bras gauche. Je m’en étais plutôt bien sortit, comparer à la dernière fois.
En fait, aux vues de mon jeune âge, j’étais un peu le souffre douleur de cet équipage de rebus de la société.
A à peine seize ans, j’étais le plus jeune de la bande, mais, heureusement pour moi, j’étais aussi dans les plus doués.
Je tombais sur mon lit.
J’étais, plus que fatigué, et pourtant je n’avais rien fait de spécial. On dit que ne rien faire est plus fatiguant que de faire quelque chose. Je confirme la théorie.
Une porte qui s’ouvre, elle grince puis se referme.
Un suicidaire venait de pénétrer dans ma chambre. Carlos ?
N’ayant pas envie de me prendre encore plus de coup et n’ayant pas non plus mon arme à portée de main, je sortis donc mon arme secrète, mon poing américain.
Etant allongé, ma future victime ne pouvait voir que mon dos, puisque j’étais tourné vers le mur. Ce coup-ci, entre Carlos, Kim et ma re-dose de Carlos, j’avais les nerfs plus qu’à vifs.
Le pauvre malheureux qui venait d’entrer, avait signé son arrêt de mort.
Bientôt dans toute la bande, on me craindra comme étant le gosse complètement psychopathe qui a abattu un de ses compagnons, uniquement car celui-ci se trouvait au mauvais endroit, au mauvais moment.
Cette réputation m’apportera la garantit d’être tranquille un bon bout de temps.
J’avais déjà tué par le passé, s’il le faut, sans aucune hésitation, je recommencerais.
Je l’entendis approcher, ses pas s’entendaient clairement sur le sol métallisé, ils résonnaient en plus. Question discrétion, j’avais connu mieux.
Il était vraiment inconscient ou quoi ?
Ses pas devenaient de plus en plus audibles, et puis, ils s’arrêtèrent, juste au pied de mon lit.
Mais à quoi jouait-il ?
La petite mascarade m’achevant de m’énerver au plus haut point, je me retournais dans un mouvement vif, et je lui envoyais un uppercut avec mon poing droit américain…
Qu’il bloqua ?
Il m’avait saisi le poignet, m’empêchant de le frapper, et avec mon bras gauche cassé, je ne pouvais plus rien faire.
Cette situation de faiblesse ne me rendit que plus colérique.
Et puis c’était qui d’abord ?
Il semblait âgé, pas trop non plus, dans la trentaine, comme Kim. Il était brun aux yeux noirs, et il avait un air d’italien.
J’allais lui envoyé un coup de pied quand…
- Mais arrête tes complètements malades !
Kim m’engueula… encore.
Je n’allais pas me laisser faire.
- Et bien le vieux crouton, il n’avait qu’à ne pas débarquer dans ma chambre à l’improviste comme ça, ok !
Elle se frappa le front avec la main, signe de consternation.
- Le vieux crouton, comme tu l’appelles, c’est Vacci. Il est venu te voir, puisque tout le monde vente tes éloges sur tes techniques de captures.
- Ah …
Je venais peut-être de réduire mon espérance de vie à pas grand-chose…
- Comme tu le dis, elle soupira … J’ai croisé Carlos tout à l’heure, il avait l’air plus qu’heureux. Je suppose qu’il s’est vengé sur toi de mon intervention.
- Qu’est-ce-que ça peut te faire ?
- Où est-ce qu’il t’a fait mal ?
- Mêle-toi de tes affaires !
Je fixais avec rage Vacci :
- Et toi, lâche-moi !
Il tira sur mon bras droit, de façon à ce que je me retrouve allongé sur le ventre, puis, tout en libérant mon bras droit, il me saisi le gauche, et me le bloqua dans le dos. Cassé et tordu, mon bras me faisait horriblement souffrir, et je ne pus retenir des gémissements de douleurs de franchir mes lèvres.
Puis, sous un ton victorieux, Vacci déclara :
- Il a le bras gauche cassé. Ça mettra un peu de temps à se remettre. Qui t’a fait ça ?
Je dus faire preuve de toute ma bonne volonté pour arrêter de geindre, désolé vieux crouton, mais je ne pouvais pas parler en même temps.
Pourtant, il me sembla qu’il ne comprit pas, et qu’il prit ma réaction comme un refus de lui obéir. Alors, il appuya sadiquement sur mon bras blessé, et comprenant que c’était mon seul échappatoire, je criais presque :
- Carlos ! C’est Carlos ! Maintenant lâche-moi bordel !
Il accéda à ma requête et relâcha enfin mon bras meurtrit.
Je me repositionnais sur le dos et j’eus du mal à reprendre une respiration normale. Peu importe la position que je prenais, la douleur ne s’atténuait pas. Au contraire, elle empirait.
- Carlos, celui-là si je lui mets la main dessus, je le tue…
J’avais à moitié murmuré cette phrase.
Je n’arrivais quasiment plus à contenir mes gémissements et je me sentais partir, lentement, mais sûrement dans les bras de Morphée. Comment un simple bras cassé allait pouvoir me rendre comateux ? Il y avait quelque chose qui clochait…
Vacci reprit plus doucement mon bras blessé, mais toujours méfiant, je lui dis dans le peu de langue que je connaissais de me lâcher le bras, d’aller se faire pendre, de me foutre définitivement la paix et pas mal d’autres injures que la décence m’empêcherait normalement de prononcer.
Ensuite, tout ce que je sentis fut une douleur si violente, si aigu, que je crus que j’allais devenir sourd.
J’en fus même, sur le coup, paralysé.
Vacci venait d’appuyer sur une partie de mon bras. Je compris tout de même avant de m’évanouir, qu’il venait par je ne sais trop quel moyen, d’appuyer sur un de mes nerfs, et que le nerf en question, n’était pas intacte.
Ensuite, plus rien, ce fut le trou noir…
Quand je repris connaissance, ce que je vis en premier, ce fut Kim.
Elle parlait mais je n’entendais pas clairement ce qu’elle me disait. Un bourdonnement plus que désagréable remplaçait sa voix.
Elle dut comprendre que moi je ne la comprenais pas, car elle arrêta subitement le monologue qu’elle faisait pour parler plus distinctement, de façon à ce que je puisse lire sur ses lèvres.
Elle me demandait si j’allais bien, je crois. Je lui répondis avec plein d’ironie et de mauvaise volonté :
- Bien sûr, évidement ! Non mais qu’est ce que t’imagine ? Que je souffre le martyre ? Bien sûr que non Kim, je te rassure tout de suite.
Parler m’avait redonné la capacité d’entendre, je pus donc clairement comprendre sa réponse :
- C’est ça ouais, fait le malin. Vacci à demander à un de ses gars de te soigner. Tu dois garder le bandage deux semaines.
Je me mis donc à admirer mon bras gauche, joliment ficelé, avant de reporter mon attention sur Kim :
- Il s’est plains que l’on ne nous traitait pas correctement…
- Par on tu entends cet enflure de Carlos ?
Elle soupira d’exaspération et leva même les yeux au ciel, histoire d’appuyer le fait que…
- T’es vraiment irrécupérable… Oui, il s’est plains au près de Carlos, elle appuya bien sur son nom, qu’il n’y avait pas de médecin à bord, etcetera et etcetera…
- Et c’est tout ?
J’avais dis ça avec une pointe de bonne humeur dans la voix, une fausse surprise, car je me doutais bien que Vacci ne l’avait pas laissé impunis.
Elle perçu mon arrogance, mais finit quand même par avouer :
- Il s’en est pris une, tu penses bien, et il est dans le même état que toi.
Je jubilais ! C’était bien fait pour sa tête, ou plutôt son bras. Il ne l’avait pas volé celle-là.
Kim ressentit très certainement mon envie profonde d’aller le voir, juste pour le regarder agoniser et de lui dire une réplique cinglante du genre « Chacun son tour » ou « Tel est pris qui croyait prendre », car elle me lança un regard plus que noir et plein de menace, m’interdisant par là-même d’oser ne serait-ce que de rentrer dans ses quartiers.
Regard noir que bien sûr je lui rendis, lui montrant qu’elle ne m’effrayait en aucun cas.
Elle soupira, encore.
Je me décidais quand même de la rassurer, on s’était déjà assez giflé dessus pour la journée.
- T’inquiètes, pour répondre à ta question de tout à l’heure, non je ne suis pas suicidaire…
D’apparence, elle resta impassible, mais moi, j’avais très bien remarqué une lueur de bonheur s’allumer.
Tout de même, depuis quelques temps, son comportement avait radicalement changé.
Elle était passée de la reine rouge qui coupait la tête du premier pèlerin qui lui passait devant le nez, à maman poule.
C’était un changement… plus que radicale.
Mais ce qui m’intriguait le plus, c’était qu’elle n’avait aucune raison d’agir ainsi, et qu’en plus, ça ne lui rapporterait rien.
Mais bon, ce sont ses problèmes, pas les miens. Moi, j’avais une gosse de riche masquant son identité à kidnapper, et ça ne semblait pas s’avérer facile.
…
Il y eu un autre blanc.
Je me tournais lentement vers Kim, m’attendant au pire.
- Dis-moi Kim, il est quelle heure ?
Elle regarda sa montre.
- Il est six heures, pourquoi ?
- Ah … et à quelle heure est-ce-que Lena sort de chez elle pour aller au lycée ?
Elle réfléchit…
- Six heures trente je crois, pourquoi ?
Je lui répondis, avec toute la mauvaise volonté du monde :
- Oh non, pour rien, j’ai juste une adolescente à kidnapper, adolescente qui, au passage, par de chez elle à six heures et demi, il est six heures, il me faut environ quinze minutes pour arriver là-bas, je ne suis pas préparé, couvert de sang et blessé et même si j’arrivais à l’heure, je ne pourrais jamais rentrer dans le lycée, parce-que je ne m’y suis jamais inscrit, et qu’en plus, Jason Delamasta n’existe pas !
J’avais parlé crescendo, hurlant au file des mots pour qu’elle comprenne bien que le prochain à finir entre quatre planches, à se rythme là, ça allait être moi.
J’étais à cran car, avouons-le franchement, ma vie dépendait de cette fille, et c’est ça qui m’énervait le plus, dépendre de quelqu’un. Et comme si le ciel s’acharnait sur moi, ma vie dépendait d’une inconnue.
Kim me regardait, les yeux ronds. C’est vrai que ces derniers temps, j’étais plutôt colérique, mais bon il y avait de quoi.
Pourtant, tout ça ne suffisait pas. Il fallut en plus que Vacci apparaisse, ce qui mit le feu aux poudres.
- Tu n’as même pas intérêt à me toucher !
Je m’étais mis en position défensive, accroupie sur mon lit, et je paraissais, en y repensant, complètement ridicule.
Vacci sourit face au, ben justement, au ridicule de la situation.
Je lui lançais un regard mauvais, pleins de menaces où on pouvait clairement y voir que, tout ce que je désirais à cet instant précis, était de lui faire la peau.
- Tout doux d’accord ?
Ça ne fit qu’aggraver les choses.
- Pour ton problème d’identité, ça j’en fais mon affaire. Pour le reste, t’es capable de te laver, de t’habiller, d’inventer une excuse bidon du genre « J’ai glissé sur une peau de banane » et de la kidnapper tout seul, non ?
Il marquait un point là.
Je tirais la tronche, c’est qu’il commençait à m’énerver là !
Remarquant que je ne réagissais toujours pas, il reprit :
- Bon, et bien bonne chance et ne tarde pas trop, il est déjà six heures un quart.
Cette phrase fit « tilt » dans ma tête et je bondis de mon lit en m’écriant de toutes mes forces :
- Merde, merde, merde !
J’attrapais quelques vêtements à la volée et alors que je m’apprêtais à sortir, Vacci me devança.
- Et tu ne dépends de personne.
- On échange de place si tu veux, tu verras, tu feras moins le malin après…
- C’est toi qui vois…
Et sur ce, il repartit.
Quand je réussi enfin à entrer dans la salle de bain, après avoir cogné pas mal de monde et à en ressortir en évitant, ce coup-ci de me faire cogner, il était déjà six heures vingt et à se train là, je n’y arriverais jamais.
Ce fut très certainement mon jour de chance, car bizarrement, j’arrivais le premier devant l’impasse.
Il était trente-cinq, pile, enfin presque, à l’heure.
Je n’eus cependant pas beaucoup à attendre que j’entendais une porte claqué et un « Vous m’énervez ! » bien hurlé retentir.
Je ne mis pas longtemps à apercevoir Lena, enfin Laetitia, apparaître, le visage impassible, alors que j’aurais juré que c’était elle qui avait crié un peu plus tôt. Je notais pour moi-même qu’avec la puissante voix qu’elle avait, si je voulais la kidnapper par surprise, j’avais plutôt intérêt à la bâillonner rapidement.
Mais ma petite séance de réflexion fut interrompue par Laetitia :
- Ton bras ?
Aïe, je n’avais pas pensé qu’elle le remarquerait aussi vite. Je n’avais pas encore eu le temps de réfléchir à une explication plausible, et là, maintenant, dans la minute qui suit, comme par hasard, je ne trouvais rien.
- Tu as perdu ta langue ?
Je dis alors la seule chose qui me passa par la tête, et malheureusement ce fut :
- Peau de banane…
…
Pas de réaction… Elle me regardait comme pour voir si je disais vrai.
- Vraiment…
- J’ai deux bras gauches…
- Et un dans le plâtre à ce que je vois …
Elle semblait triste.
Normalement, vous diriez à n’importe qui que vous vous étiez blessé avec une peau de banane, cette personne éclaterait de rire, et serait triste, tout simplement parce qu’elle aurait raté ça. Mais elle, c’est comme si elle savait exactement ce qu’il s’était passé.
Serait-elle devin ou un truc dans le genre ?
- Non je te rassure, je ne suis pas devin ou un truc dans le genre.
Elle lit dans les pensées ? Je dois kidnapper un alien ou quoi ?
- Je ne lis pas dans les pensées et je ne suis pas un alien non plus …
- Alors comment tu …
Elle me regarda avec ses yeux marron, tirant sur le bordeaux, et me dis tout simplement :
- Tes yeux…
- Quoi mes yeux ?
- Ils sont cernés, et c’est très profond.
- Et alors ?
- C’est le signe d’une mauvaise nuit, une nuit douloureuse aussi.
Si elle pouvait lire en moi comme dans un livre ouvert, ça n’allait pas arranger mes affaires…
- Ton visage est très expressif, on peut lire en toi comme dans un livre ouvert.
Ça confirmait mes craintes…
- J’aurais dis ça à n’importe qui, cette personne aurait éclaté de rire en sachant que je me suis blessé avec une peau de banane. Pourquoi pas toi ?
Si c’était possible, son visage s’assombrit d’avantage.
- Je ne vois pas l’intérêt de rigoler du malheur des autres… même si…
Elle baissa les yeux.
- franchement…
Elle releva la tête et elle éclata de rire, se pliant en deux sous les fou-rires :
- J’aurais bien aimé voir ça … rien que de t’imaginer glisser sur une peau de banane comme dans les cartoons, ça devait être trop drôle …
-…
Elle logeait à la même enseigne que moi. Peu importe les raisons qui la poussait à faire ça. Nous étions tous les deux des menteurs. Autant sur notre identité que sur nos sentiments. Elle venait de se forcer à rire, même un sourd aurait pu le dire, tellement dans sa voix, on pouvait percevoir de la tristesse à agir ainsi.
Avait-elle réagit comme ça pour paraître normal ?
Peu importe, elle me peinait beaucoup. Elle me faisait presque pitié.
Soudain, je reçus un coup de poing sur mon seul bras valide.
- Et mais ! C’est le seul qu’il me reste d’accord ! Alors ne t’avise pas de le toucher !
- D’accord ! Mais de ton côté…
Elle se rapprocha, de façon à ce que je puisse bien l’entendre.
- Pas de pitié …
Elle avait pris un ton froid et cette réplique sonnait presque comme une menace.
Passé la surprise, je lui rendis, moins fort, son coup de poing et lui dit :
- Je te retourne l’avertissement …
Je me collais encore plus à elle si c’était possible et je lui murmurais :
- Pas de pitié …
On souriait tous les deux. Pourquoi ? On n’en avait aucune idée… Peu être étais-ce l’euphorie que l’on ressent quand l’on est content ? Sourire bêtement.
- Bon, on va finir par être en retard, suis moi Jason, je vais te montrer notre sanctuaire de l’ennui et de la connaissance, mais entre nous, c’est plus de l’ennui…
Elle semblait ravie d’y aller… Je la comprenais remarque.
- Ok je te suis, grande prêtresse !
J’avais dis ça une main sur le cœur, comme les chevaliers servants dans les films. On avait l’air un peu beaucoup has-been, ridicule surtout, une fois de plus, mais peu importe.
Enfaite, je venais de comprendre une notion essentielle de l’existence humaine avec elle, c’est qu’il vaut mieux vivre au jour le jour, à l’instant présent et se foutre du lendemain. J’aimais beaucoup cette manière de résonner. Suivre ses envies sans réellement penser aux conséquences. C’est vrai que l’on y pense pas beaucoup mais, chaque jour est unique. Il n’y aura pas de deuxième onze septembre deux-mille un ni de deuxième Hiroshima. Alors dans ce cas, pourquoi les gens y repensent sans cesse ?
Seraient-ils masochistes ?
C’est pendant que Lena, enfin Laetitia, me conduisait au lycée que je réfléchis à cette question.
C’est vrai après tout, pourquoi vouloir ressasser les mauvais souvenirs ? Toute personne normalement constituée voudrait les oublier plus qu’autre chose, non ?
J’en conclus donc que le monde et les êtres humains n’étaient pas logiques. Ou alors cette question ne leur avait pas encore traversé l’esprit, va savoir …
- Bienvenue au lycée ! Tu dois être Jason Delamasta, n’est-ce pas ?
- Euh… oui c’est bien moi …
A peine avais-je franchis le portail que je fus tout de suite pris d’assaut par la proviseure. Vu sa façon d’accueillir les élèves et surtout quel genre d’élève elle accueillait, en l’occurrence, dans ce cas c’était des gosses de riches, elle puait les pots de vins à trois kilomètres…
- J’espère que tu te plairas ici ! Ah, mais je vois que Carla est avec toi ! Vous êtes dans la même classe, c’est ça ? Et bien, tu pourras lui montrer le lycée comme ça.
Son portable se mit, heureusement, à sonner.
- Je dois vous laisser. Passé une bonne journée !
Et elle repartit, enfin…
Puis, quelque chose me revint en mémoire dans ce que la proviseure avait dit. Je me tournais donc vers… Lena, Laetitia ou Carla ? J’étais un peu pommé moi…
- Carla, hein ?
- C’est mon deuxième prénom. Je m’appelle Laetitia Carla Katsité. Mes amis m’appellent aussi comme ça.
Comme si j’allais te croire… Tu as combien d’identité ma parole ?
- Tu ne me crois pas c’est ça ?
Perspicace …
- Et bien je vais te le prouver !
- Ah oui, et comment tu comptes faire ça ?
Elle se mit à fouiller dans son sac.
- Ca y est ! J’ai trouvé !
Elle me brandit sa carte d’identité sous le nez, si près que je dus la prendre dans mes mains et l’éloigner un peu pour pouvoir la voir clairement.
Je lus à haute voix.
- Laetitia Carla Katsité, né le six juillet mille neuf cent quatre-vingt quatorze. Nationalité française… Mouais je te crois…
- On ne dirait pas pourtant…
- …
- Et mais, au faite Jason, et toi, ta carte d’identité, je peux la voir ?
Oups…
Ça non plus je n’y avais pas pensé et je ne me voyais pas improviser sur ce sujet, c’était trop risqué…
- Je ne les pas sur moi, désolé. Je te l’apporte demain, c’est promis !
- Demain on est samedi, c’est le week-end, comment tu comptes me la montrer ?
Je souris, intérieurement bien sûr.
- Et bien tu patienteras jusqu’à Lundi alors !
Ma mauvaise foi se voyait peut-être un peu trop…
- Ah non !
- Non quoi ?
- Je refuse de te parler tant que tu ne m’auras pas montré ta carte d’identité !
- Mais pourquoi ?
- Et qu’est ce-qui me dit que tu n’es pas un terroriste ?
Je riais.
- Tu as de ces théories … J’ai vraiment une tête de terroriste ?
- Oui !
Elle avait dit ça comme si c’était une évidence, sans aucune hésitation. Comme un enfant que personne ne croit et qui tente désespérément de prouver qu’il a raison.
- Tu es si méfiante que ça ?
Elle avait le regard dans le vague, et son attitude changea du tout au tout.
- Tu sais, masquer qui on est c’est si facile. Il ne faut jamais se fier aux apparences.
Ça sentait le vécu.
- Tu vas me dire que ça sent le vécu, hein ?
Mais comment faisait-elle pour deviner mes pensées comme ça ! Ca en devenait agaçant !
- C’est facile en fait, tu es très expressif. Savoir à quoi tu penses, c’est un jeu d’enfant !
Et en plus, elle était fière d’elle ! Non mais je vous jure !
- Alors cette méfiance ? D’où elle vient si ce n’est pas trop indiscret ?
Son visage et sa voix furent froid, comme si elle tentait de cacher le flot d’émotion négative qui venait de l’envahir, sous un masque d’impassibilité.
- Trahison.
- …
- Et mensonge.
Il ne m’en fallut pas plus pour quand même comprendre de quoi il en causait.
- Pourquoi tu ne vas pas de l’avant ?
- Hey regarde ! Les cours vont commencer. Il ne faudrait pas que tu sois en retard dès le premier jour, tu te ferais mal voir ! Viens on y va !
Avec ses deux mains, elle m’attrapa le bras et me tira. Je me laissais faire.
C’était la pire et la plus pitoyable des diversions que j’ai vu de ma vie. Même moi j’arrivais à faire mieux, c’était pour dire.
Enfin, ça ne regardait qu’elle. Vivre dans le passé peu être un choix de vie.
J’arrivais donc rapidement en cours. Je me mis à côté d’elle. En savoir un maximum sur elle allait être assez compliqué, je n’avais pas besoin d’une autre sur le dos. Lié des liens d’amitiés avec mes « camarades » de classe était proscrit. Lié des liens, quels qu’ils soient, avec la victime, pouvait être condamné de mort.
- Bien, aujourd’hui nous allons accueillir un nouvel élève. Veux-tu bien te présenter s’il te plaît ?
Classique.
- Bonjour à tous, je m’appelle Jason Delamasta, et je viens d’Italie, clin d’œil à Vacci, je viens d’emménager à Manhattan et j’espère que nous passerons une bonne année ensemble.
Ajoute à cela un sourire de charmeur et tu obtiens…
- T’a vu le nouveau ! Il est trop beau ! Oh, regarde ses yeux …
… de la part des filles et …
- Mais pour qui il se prend cet enfoiré !
… de la part des garçons.
Classique, encore une fois.
Décidément, pas de chance, le premier cours était un cours de mathématiques. J’avais une sainte horreur de cette matière, en plus, n’étant pas allé en cours depuis déjà quelques années, j’avais le cerveau complètement vide. En effet, j’avais arrêté l’école à l’âge de douze ans, pour commencer une carrière de Pic Pocket. Je me demandais aujourd’hui encore, comment j’avais pu passer de voler des portes-feuilles à « voler » des gens.
Ça avait été une sacrée promotion.
Je passais donc la pire journée de toute mon existence à tenter de comprendre des chiffres qui, pour moi, n’avaient aucun sens. J’étais complètement pommé.
Je fus, plus qu’heureux, d’enfin sortir de cet enfer.
Laetitia sembla le remarquer, car elle riait, se moquant même ouvertement de moi à la sortit du lycée.
- Ouais bon ça va, on ne peut pas être bon partout…
- Je suis d’accord avec toi, mais de là à être bon nulle part….
Je soupirais. Au moins, cette fois, elle ne faisait pas semblant de rigoler, c’était déjà ça.
- Bon, je dois y aller. Mes parents sont très pointus sur l’heure à laquelle je dois rentrer.
- Ok.
- Tu veux que je te raccompagne.
Chose à éviter, comment t’expliquer, je vis dans une épave d’un cargo, entouré de psychopathe en tout genre qui n’hésiterait pas à te tuer dès qu’il te verrait, et en plus, je suis l’un des leurs, c’est cool non ?
- Euh, j’habite un peu loin, vers le port alors non c’est bon. Ne t’inquiète pas. En plus, si tu venais à m’accompagner, tu arriverais en retard. Tu risques de te faire engueuler par tes parents. Tu veux que je te ramène pour me faire pardonner ?
Elle sembla peser le pour et le contre.
- D’accord, mais il faudra que tu me montres ta maison un jour, ok ?
- D’accord, mais tu devras me rendre l’appareil !
- Et comment ?
- Invite-moi en premier chez toi, et tu pourras venir chez moi.
Deuxième séance de réflexion intense…
- Marché conclu !
On se serra la main pour clore le contrat. Ce qu’elle ne savait pas, c’est que si elle venait à rentrer chez moi, il y avait peu de chance qu’elle en ressorte un jour.
On arriva assez rapidement chez elle. Pour la fille de la deuxième plus grande fortune d’Europe, sa maison était assez modeste. Pas de portail en or massif ou de bouton d’interlocuteur où un majordome qui travail depuis des générations vous demanderait : « Qui êtes vous monsieur ? ».
Et si vous ne répondez pas dans un délai de deux minutes, il vous lâchera les chiens.
Non. Il n’y avait rien de tout cela.
Laetitia sonna chez elle et une femme apparue. Elle était au téléphone, et c’est à peine si elle daigna dire bonjour à sa fille. Seul l’homme qui semblait être son père la salua :
- Bonjour Lena ! Comment s’est passé ta journée ?
- Lena ?
A force de l’appeler Carla ou Laetitia, j’en avais quasiment oublié que son véritable prénom, qu’elle cachait pour une raison inconnue, était Lena.
Elle se tourna vers moi, tout sourire.
- C’est le surnom que me donne mon père.
Ne voulant pas griller ma couverture en disant des trucs du genre : « Mais non voyons ! Ton prénom c’est Lena Katsité ! Je sais quand même qui je dois kidnapper, non ? ». Je décidais donc de laisser faire. Car qui je devais enlever, je commençais sérieusement à me poser la question. Est-ce-que Lena, Carla et Laetitia ne faisait qu’une seule et même personne ? Mr Katsité aurait-il eu des triplés portant ces trois prénoms ? Cachait-elle son identité ? Et si oui, pourquoi ?
C’est la tête pleine de calcul algébrique incompréhensible et de question sans réponse que je quittais la fille sans nom, ou alors qui en avait beaucoup trop à mon goût, pour rejoindre le port, là où m’attendait mon épave.
J’allais repasser devant la fameuse impasse, quand tout à coup, je fus tiré en arrière, une main sur la bouche, m’empêchant d’émettre le moindre bruit.
Je me dégageais assez rapidement de cette emprise, me retournais et …
Je reçus une gifle.
Pas aussi magistrale que la dernière fois, mais pas mal non plus. Il ne me fallut pas longtemps pour comprendre qu’il s’agissait de Kim.
Je fus preuve de diplomatie et je lui demandais, sans une once de colère largement perceptible :
- Qu’est-ce-que j’ai fais, encore ?! En appuyant bien sur le encore.
- C’était quoi, ça ?!
Elle, elle appuya bien sur le ça.
Je savais pertinemment de quoi elle parlait, mais je feignis l’ignorance :
- Ca quoi ?
- Ne fais pas l’innocent !
- Alors, explique-toi clairement !
Elle inspira pour se calmer.
- Tu ne devrais pas… Ca te retombera dessus un jour tu sais…
Mon silence fut comme un aveu.
Je le savais très bien, va, que sympathiser avec la victime, ce n’était pas un bon plan.
Mais, les sentiments, ça, ça ne se contrôle pas…
C’est donc, la tête basse et le moral pas très haut que je rentrais au cargo.
Je fis aller simple vers ma chambre.
J’eus du mal à m’endormir.
Oh, bon dieu, qu’est ce qu’est j’ai fait pour mériter ça ?
…
Bon d’accord, j’avoue que, je l’ai peut-être mérité, mais si tu voulais vraiment te venger, tu aurais pu faire ça autrement !
Franchement, gagner sa confiance pour la kidnapper ensuite, c’était déjà risqué, et pourtant je l’ai fait, mais au bout du premier jour, avoir le coup de foudre pour elle, ça, c’était vraiment abusé.