Je m’étonnais moi-même… Moi ? Tomber amoureux de ma victime ? C’est le loup qui s’amourache à l’agneau. Quel loup inconscient, mais quel agneau attirant ; comment résister ? Comment lui dire non ? Non à celle que, bientôt, je séquestrerais dans une pièce ridiculement petite et qui me regardera les yeux larmoyants, en ne répétant inlassablement qu’un seul et unique mot : Pourquoi.
Celle que bientôt je trahirais et à qui je briserais le cœur.
Cette situation était des plus délicates.
Si mes sentiments prenaient le contrôle sur ma raison, je serais capable, qu’en je l’aurais kidnappé, de la relâcher, sans avoir encaissé la rançon.
Et cette grossière erreur me couterait assurément la vie.
Mais si je devais la trahir jusqu’au bout, ça me resterait en travers de la gorge et ça risquerait surtout de me rester sur la conscience.
Et si je fuyais ?
Bonne idée ! Mais pour aller où ? Je n’ai … pas, non plus, de famille, mais seuls amis me couperaient la tête si je venais à les trahir, tu parles d’amis toi …
Et elle ? Si je venais à lui dire la vérité sur moi, m’accepterait-elle encore ? Toute personne normale appellerait la police, logique…
Et même si elle acceptait ma vraie nature, supporterait-elle une vie de fugitif avec moi ?
Cela m’étonnerait beaucoup.
Après tout, qui a envie de passer sa vie à fuir, en se demandant à chaque coin de rue si sa vie ne va pas se finir ici ?
Personne.
Personne ne pourrait supporter un tel stress. Pas même moi. Au bout d’un moment, se tirer une balle dans la tête doit devenir très tentant …
Je ne veux pas lui infliger ça. Hors de question.
- Pff…
Je soupirais. Lasse de toute cette histoire, qui m’entraînait beaucoup plus loin que je ne l’avais imaginé.
Kim, j’eu quand même du mal à le reconnaître, avait raison.
« Ça te retombera dessus un jour… »
Ma pauvre, si tu savais à quel point …
- Ben alors, on tire la tronche ?
Ben manqué plus que lui… Le sort s’acharne vraiment contre moi…
Vacci.
- La porte, c’est derrière toi.
Dans ma voix dure et froide, on pouvait très bien y percevoir la menace. Mais non, lui, il sourit. Me voir énervé, pas d’humeur ou lasse, lui, ça le rendait joyeux. Espèce de sadique…
- Que me vaut ce chaleureux accueil ?
- Tu n’as pas quelqu’un d’autre à emmerder ?
- Aller crache le morceau.
Ça voix à lui aussi fut direct, et je n’y couperais pas, c’était une évidence.
- Lâche-moi je ne suis pas d’humeur…
- J’avais remarqué. Ce que je veux savoir, c’est pourquoi ?
L’air largement agacé, je le fixais dans les yeux :
- Mais qu’est-ce-que ça t’apporterais de toute façon, merde !
- Je sais pour ta famille.
Je me figeais.
Sa réplique m’avait refroidit d’un coup.
- Et alors ? Ca ne te donne pas tout les droits !
- Je le sais ça. Aller, balance. Tu es en pleine crise d’adolescence en plus. Si tu ne te confis pas à quelqu’un, il y a des chances que tu pettes les plombs, et que…
Je l’interrompis.
- … l’idée de me tirer une balle dans la tête me traverse l’esprit, hein ?
- Tu peux m’en parler.
- Ça m’étonnerait fortement.
J’avais répondu du tac au tac. Directe. Empêchant ainsi la discussion d’aller plus loin.
Je ne me voyais pas lui dire : « Bon ben j’annule le plus gros coup de l’année, désolé de gâcher deux ans de préparation en deux minutes, mais tu vois, je suis tombé amoureux d’elle et je refuse de la kidnapper. » Là, je serais déjà mort à l’heure qu’il est.
- Tu sais où me trouver si tu changes d’avis ?
-…
Grand silence de ma part, qu’il ignora royalement.
- Je suis dans le centre de commandement du paquebot.
- Paquebot ?
- Ben oui paquebot, tu pensais que c’était quoi ? Une épave.
- Ben oui justement, c’est ce que c’est : une épave ! Peuplé de psychopathe en tout genre !
- Et que fais-tu ici alors ?
Je soupirais, encore…
- Je ne sais pas justement, je sais plus…
J’étais assis sur le rebord de mon lit, et je me pris la tête entre les mains, enfin… entre ma main, pour essayer de réfléchir.
Acte vint.
Je commençais à me demander si je n’étais pas entrain de foncer tête baissé dans le mur ou de creuser ma propre tombe. En gros, avant, foutre ma vie en l’air était plus qu’un passe temps, c’était ma raison de vivre. Mais avec le recul, je commençais vraiment à me demander si, mettre un terme radical à tout cela, n’était pas mieux pour moi. Certes, c’était la solution de faciliter, mais là, je commençais vraiment à saturer…
Carlos connaissait mon passé. Kim devait en avoir eu vent, elle aussi, vu sa récente façon d’agir.
Si vous voulez tout savoir, c’est simple. Mes parents me traitaient comme un animal. A l’âge de onze ans, j’en ai eu marre et, en me défendant, je les ai tués, tout simplement.
Il n’y a jamais eu d’enquête. En y réfléchissant bien, ça aurait servit à quoi ?
Un délinquant de plus ou de moins, quelle différence ? Au contraire, ça fera moins de travail pour les policiers, l’état et la justice. Tout le monde est content dans l’histoire. Du moment que personne ne se plain.
Ensuite, l’année de mes douze ans, je devins Pic Pocket, j’arrêtais l’école et je me retrouvais surtout à la rue. J’ai tenu deux ans. A l’âge de treize ans, j’étais exténué, autant psychologiquement, que moralement et physiquement. L’idée de me tuer me traversa dangereusement l’esprit et alors que j’allais me couper les veines, Carlos arriva.
Non, arrêtez avec le stéréotype du gars qui va ma prendre sous son aile, je vous arrête tout de suite, on en était très loin.
Il pointa juste son arme sur moi et me dit que, autant mourir, autant mourir de la main du… ah oui, voilà comment il s’est auto qualifié : « du plus grand tireur d’élite que la terre est jamais connu ».
Moi, à cette époque là, je ressemblais plus à une loque humaine qu’à autre chose.
Du moment que tu me tue, tu sais mon gars, la façon dont tu le fais, je m’en fiche royalement.
Des pensées similaires à celle-ci me traversèrent même l’esprit, c’est pour dire…
Un objet froid vint se coller contre me tempe, un cran de sécurité se fit entendre, et une détonation ne tarda pas à retentir.
- Dommage, balle à blanc. Tu as de la chance petit … Viens avec moi.
Et voilà, c’est aussi simple que ça.
Le seul qui connaissait mon passé, c’était Carlos. Ici, la plupart du temps, on n’en est pas vraiment fier, donc on évite d’en parler. Cet enflure a dut vendre la mèche à Kim, et quand à Vacci, Carlos ne lui oppose aucune résistance alors…
Va falloir que j’aille le voir. Mais je n’avais pas la tête à ça. Pour l’instant, je voulais rester allongé sur mon lit à fixer un point invisible au plafond et ne rien faire d’autre.
Pourquoi la vie était-elle si compliqué ?
Et puis l’amour, ah ça je vous jure, quelle invention !
Vacci du remarquer que j’étais désormais déconnecté de la réalité, car il partit, sans demander son reste.
Mais qu’est-ce-que j’allais faire ?
Question sans réponse qui occupait toute mes pensées.
Je ne sais pas par quelle miracle, mais je réussis à trouver le sommeil.
Quand j’ouvris les yeux, je n’étais pas plus avancé, on dit que la nuit porte conseil, dans mon cas, ça ne m’avait servit strictement à rien.
J’ai donc fais la plus grosse erreur de toute mon existence : ignorer.
Ignorer qui j’étais, pourquoi, à la base je fréquentais Lena, oublier mon passé, ce qui fais de moi ce que je suis.
A partir de cet instant précis, Jail n’existait plus. Je venais de le tuer.
Jason Delamasta venait de naître. Lui, ce ne serait pas un meurtrier, ce serait quelqu’un de bien, d’honnête.
C’est sur la base de ma nouvelle vie que je me rendis au « pseudo centre de commandement du pseudo paquebot », pour aller voir Vacci.
Sur le chemin, je croisais, ô malheur, Carlos.
En temps normal, Jail lui aurait clairement dit sa façon de penser. Mais Jail était mort, et à sa place, Jason était né. Jason était lâche, il faisait ce dont il avait envie sans penser aux conséquences, il se posait peu de question, ne voulant pas s’ennuyer l’esprit avec des questions du genre : « Mais qu’est-ce-que je fais là ? » et, chose très importante : il choisissait toujours la solution de faciliter.
Ce dernier point était surtout ce qui les différenciait.
Alors je fis quelque chose que, même Carlos eu du mal à admettre, tant qu’il en resta choqué : je l’ai ignoré.
Pourquoi entrer dans une bagarre vaine ?
C’est vrai après tout, ça ne servait à rien.
Arriver devant les quartiers de Vacci, j’entrais sans frapper.
Les bonnes manières ? Ni Jail et encore moins Jason ne les connaissaient.
Il m’accueillit à bras ouvert, un grand sourire béat peint sur les lèvres :
- Je ne t’attendais plus !
- Je ne suis pas venu pour ce à quoi tu crois.
Son sourire disparu aussitôt.
- Et alors, tu es venu pour quoi ? Me donner ta démission.
J’allais répondre quand, je réfléchis.
Cette éventualité, aussi simple soit-elle, ne m’avait pas traversé l’esprit.
Quitter ce métier, si on peut qualifier ma profession de métier, ce serait, justement, la solution de faciliter.
Mais je redescendis bien vite sur terre.
- Ne me fais pas rire… C’est impossible de sortir d’ici…
- Tout dépend de toi.
- Tu me tueras si je venais à faire ça.
- Peut –être bien, mais peut-être pas. On a toujours le choix tu sais.
J’éclatais d’un rire mauvais.
- Toujours le choix tu dis ? Désolé de te contredire, mais justement, on ne l’a jamais.
- Jail écoute…
- Non, j’en ai assez. Donne moi la carte d’identité de Jason Delamasta pour officialiser sa… naissance.
- Ne fais pas de connerie Jail.
Il me tendit ce qui deviendra dans pas longtemps, ma carte d’identité, une fois que j’aurais…
- J’y vais, ma victime doit m’attendre.
Et sans lui laisser le temps de répliquer, je sortis de sa chambre. Mais contrairement à ce que j’avais dis, il n’était que six heures un quart, donc j’avais encore un peu le temps avant d’aller rejoindre Lena.
Je me rendis donc sur le pont, là, je pris dans ma main Jail, je saisis mon briquet, et sans aucune hésitation, j’y mis le feu. Je tenais mon identité, ma vie, entre mes mains, et j’étais entrain de la réduire en cendre.
Une fois que, tout ce qu’il en reste, fut un amas de papier brûlé, je sortis du cargo pour me rendre au même endroit que les précédentes fois, rejoindre Laetitia.
Là par contre, elle devait m’attendre.
Sur le chemin, pour la première fois de ma vie, j’esquissais un sourire.
Ça y est ! Jail était officiellement mort.
L’odeur de brûlé du plastique attestait de sa disparition.
Jail était mort, sa carte d’identité cramé.
C’est donc un homme nouveau qui fit son apparition devant Laetitia.
- Bonjour Laetitia !
- Tu es en retard !
- Oui je sais, mais j’ai une bonne excuse !
- Ah oui ?
Je fouillais dans mes poches, et je lui mis ma carte d’identité sous le nez, comme elle me l’avait fait la première fois.
Elle la prit et la lue à haute voix :
- Jason Mathis Delamasta, né le six juillet mille neuf cent quatre vingt quatorze. Tiens ? Tu es né le même jour que moi ?
-Il semblerait bien …
Si tu savais… Je le découvre en même temps que toi.
- On fêtera notre anniversaire ensemble alors ?
Si je suis encore en vie pour ça.
- D’accord.
- Tu n’as pas trop d’amis au lycée, je me trompe ?
- Je ne suis arrivé qu’hier…
- Ce n’est pas une raison !
Elle avait mis les mains sur les hanches, comme une mère entrain de gronder son fils, prit sur le fait.
Et alors là, Jason dit quelque chose que jamais Jail n’aurait fait, il dit la vérité :
- Tu me suffis amplement…
Ses yeux s’agrandirent sous la surprise.
Je venais peut-être de lui faire peur ?
Mais j’avais pris le risque. J’avais écouté mes envies, sans réfléchir aux conséquences.
Mauvaise ou bonne idée ? J’allais être fixé maintenant.
Pourtant la réponse que j’attendais ne vint jamais.
Au lieu de ça, elle sourit. Elle ne rougit pas ou toute autre réaction dans le genre.
Non. Juste un sourire.
Flatté ? Heureuse ? Contente ? Gênée ?
Aucune idée…
On arriva devant le lycée.
Cette journée également se passa bien. Si on omit de préciser que, une fois de plus, je n’avais rien compris de tous les cours. Mais peu importe.
Je me sentais bien, bizarrement plus libre qu’avant, et c’est ce qui importait.
Une fois de plus, je la raccompagnais, elle se plain encore une fois que j’exagérais et qu’elle voulait venir chez moi.
- Je te le promets.
Une main sur le cœur pour appuyer les dire d’un menteur.
Elle me lança un petit coup de poing, pour bien me montrer par là qu’elle n’était pas dupe.
Sur le chemin du retour, j’évitais avec une extrême prudence l’impasse où Kim m’avait eu la dernière fois.
Jason ne faisait pas deux fois la même erreur.
Pourtant, ce que je n’avais pas prévu, c’était Vacci. A peine avais-je mis le pied sur le cargo, qu’il m’interpella. Il courrait presque vers moi, pensant sans doute que j’allais m’enfuir en courant. Chose que j’aurais faites, si j’avais compris plus tôt.
Il me saisit violement le poignet gauche, celui de mon bras meurtrit, et tira dessus. La douleur me cria dans les tympans, toujours cette douleur aigu et qui serait capable de vous rendre sourd. J’ai même cru que j’allais retomber dans cet état comateux, semblable à la dernière fois.
Pourtant, il n’en fut rien. J’étais dans un état entre les deux.
Assez douloureux pour vous faire hurler de douleur, mais pas assez pour abréger vos souffrances et vous faire tomber dans l’inconscience.
Je ne compris donc pas tout de suite qu’il me traînait jusqu’à ces appartements et qu’il n’avait pas l’air de bonne humeur. Je ne sentis pas la douleur diminuer, quand, enfin, il lâcha mon bras, en prenant bien soin de me jeter par terre avant. Je ne savais même pas que mon corps tentait de se lever, mon esprit pas vraiment réceptif, je ne le vis pas lever le bras et je n’entendis pas non plus ce qu’il hurla.
Par contre, le coup de poing que je reçus, lui, je l’ai senti.
Ce fut justement grâce à lui que je retrouvais un semblant d’activité cérébrale. Assez pour me mettre en colère et hurler :
- Non mais ça ne va pas la tête !!
Je me reçus un autre coup de poing, pas la même joue cependant, il avait été indulgent de ce côté-là.
- C’est plutôt à moi de te dire ça !!
Lui aussi il hurlait.
Je me redressais et je lui rendis son coup de poing.
- J’ai rien fait !!
Bizarrement dans ma bouche, cette phrase sonnait fausse.
Je me reçus une claque.
- Ah oui ?! Tu me prends pour un con c’est ça ?!! Hein ?!!!
Et sur ce magnifique « Hein ?!!! », je pris un autre coup de poing qui m’envoya à terre.
J’étais épuisé et lasse. Mais il me voulait quoi à la fin ?
- Explique toi au moins, je comprends rien moi …
Il sembla se calmer. J’avais la tête basse et l’air plus que démoralisée.
Je fixais toujours le sol, quand Vacci y fit tomber une étrange poudre noire.
Je relevais la tête et la sienne me fit presque peur. Il avait, disons-le franchement, le regard qui tuait.
Je me risquais quand même à lui poser une question.
- C’est quoi ?
- Je comptais sur toi pour m’expliquer. Je les ai retrouvés sur le pont après ton passage…
Non, ce pourrait-il que ….
- Et il semblerait que ce soit des cendres. Hors, je t’ai vu brûlé quelque chose. J’ai une petite idée, mais je voulais vérifier. Comme tu peux le voir…
Il se dirigea vers une de ses baies vitrées et il tira les épais rideaux qui la recouvraient.
- J’ai une superbe vue sur le ponton.
Merde, merde, merde !!
- Euh …
Pourquoi ne pas lui dire « J’ai fais un suicide identitaire ? »….. Qui ne tente rien n’a rien de toute façon… Oui, certes, mais selon ses humeurs, Vacci serait capable de me tuer… Je n’ai pas le droit à l’erreur…
- Et … c’est quoi ton hypothèses ?
Peut-être que l’une de ses hypothèses pourraient me servir d’excuses, qui sait ?
Il sembla peser le pour et le contre.
- Suicide identitaire ?
Si la situation n’avait pas été si dramatique, j’aurais très certainement éclaté de rire.
Cependant, dans ces cas là, que lui répondre ?
- Suicide quoi ? Je jouais les ignorants, j’étais juste parti fumer… Tu deviens parano mon pauvre… écoute je…
- Tu fumes du plastique toi maintenant ?
Aïe…
- Nouvelle drogue ….
Il soupira. Ça crevait les yeux que je mentais, et pour une fois, je n’excellais pas dans cette matière.
- S’il te plaît Jail … J’essaye de t’aider …
- A coup de coup de poing et de claque ? Si tu veux je peux t’aider aussi…
Je commençais à me redresser quand, prenant appuie sur le mauvais bras, j’eus juste le temps de retenir mon cri de douleur. J’eus beaucoup de mal à me mettre debout, une grimace douloureuse ornant toujours mon visage.
- Ca n’a pas l’air d’aller mieux…
- Qu’est ce que ça peut te faire ?
Il soupira, une nouvelle fois.
- Crache le morceau…
- D’accord, j’inspirais, mais écoute moi bien Vacci, je fis une pause, après ça, je ne veux plus te voir dans mes pattes, est ce que c’est clair ?
En insistant bien sur le « clair ».
- Faudra que tu m’explique un jour d’où te viens ce caractère colérique…
Soupir d’exaspération.
- Ce qui gît à nos pieds… c’est simple, je respirais, c’est Jail.
Il ne parût pas choqué. Il devait très certainement s’y attendre. Pourtant, je perçus quelques choses d’autre dans son regard. Plus de tristesse ou de colère. Pas du tout de sympathie… C’était …
Non ! Il aurait osé !
Je lui envoyais un bon coup de poing.
- Je ne veux pas de ta pitié !!!
Que les gens aient pitié de moi, je détestais ça.
- Pourtant, il se massa légèrement la joue, comme si il n’avait rien sentis, en ce moment, c’est ce que tu m’inspires Jail, de la pitié…
- Tais-toi !
Je me dirigeais vers la porte, bien décidé à sortir de cet endroit rempli de cinglé.
- J’aimerais savoir pourquoi tu as fait ça ? Tu es désespéré au point de renier ton identité ?
- Non, je lui fis face, je ne renie pas mon identité, je renie Jail, nuance et pour mes raisons, ça ne regarde que moi…
- Ton passé te hanterait-il à ce point ?
Je ricanais.
- T’es complètement à côté de la plaque…
Je le regardais droit dans les yeux.
- D’accord, je vais te dire le pourquoi du comment, mais après si tu ne me tue pas, Carlos s’en chargera.
Il parut surpris.
- C’est si grave que ça ?
Je me rapprochais de lui, histoire qu’il soit le seul à l’entendre.
- Quel loup idiot… je fis une pause, il s’est entiché de l’agneau.
Vacci eu les yeux ronds et parût rester en apnée un bon moment, avant de reprendre pied avec la réalité.
- Toi ? Amoureux ?
Il leva la main.
- De l’agneau ?
Sa main atterrit sur mon épaule, je fermais les yeux, près à recevoir mon châtiment quand il me dit une dernière phrase.
- J’ai rien compris, tu peux traduire ?
…
J’étais sûr qu’il le faisait exprès, et qu’en réalité, il voulait l’entendre sans métaphore, tel qu’elle. Très bien, qu’il en soit ainsi. S’il me cherche, il va me trouver !
- Je suis tombé amoureux de Lena, imbécile !!
J’avais hurlé. J’étais rouge, de colère, de gêne, mais surtout de honte, surtout que de l’avouer à Vacci, ça craignait à mort.
Il rigola. Son rire était doux, franc, sincère.
- Je l’avais bien compris…
Enflure.
- Je voulais juste te l’entendre dire.
Double enflure.
Je commençais à tourner les talons.
- C’est le plus gros coup de l’année.
Sa voix était froide, dure, et pourtant on pouvait très bien y percevoir une pointe de regret.
Je déglutis et je finis même par fermer les yeux.
- Tu comprends que tes sentiments ne peuvent pas interférer.
J’entendis ses pas se rapprocher. Je ne bougeais plus. A quoi bon fuir, dans l’état dans lequel j’étais, il aurait vite fait de me rattraper.
Il sortit son pistolet. J’entendis un cran de sécurité qu’on enlève.
J’inspirais une grande gorgée d’air, c’était très certainement la dernière.
Alors, voilà. C’était comme ça que j’allais finir. Tué par le grand patron, considéré comme un traître. Et Lena alors ? J’allais la laisser seul ? Qu’allait-il lui arriver ?
Non je ne pouvais pas.
- J’ai une dernière requête….
J’avais gardé les yeux fermés pour ne pas devoir supporter les siens.
Je voulais au moins que ma mort lui soit utile.
- Laisse Lena tranquille…. S’il te plaît…
Il ne répondit pas. Avait-il hoché la tête ? Son visage s’était-il crispé ?
Je ne voulais même pas le savoir…
- Les sentiments ça ne se contrôle pas, hein…
Sa voix était triste.
- Je ne peux donc pas te tuer pour cette raison, cependant …
Il me visa avec un pistolet, peu commun je dois dire.
Et oui, sous le coup, j’avais ouvert les yeux.
- Cependant … Cette mission n’est pas faite pour toi, elle t’est retirée.
- Quoi ! Attends !! Je …
- A plus tard ….
Il appuya sur la gâchette.
Une douleur intolérable se répandit dans toutes les parcelles de mon corps. C’était si douloureux que ça de mourir ?
Mon corps ne tint pas plus longtemps, et ne tarda pas à s’effondrer. Puis, se fit le trou noir, le néant.
Aucun de mes sens ne fonctionnait.
J’étais mort ?
Je ne savais pas.
Mais c’était vraiment très angoissant.
Surtout que, sans vouloir m’enfoncer encore plus, moi, je n’étais pas destiné au paradis, loin de là. L’enfer même serait trop doux pour moi.
…
Je me sentais bizarre.
Incapable de bouger, d’ouvrir les yeux ou toute autre action basique.
Pourtant, ce qui m’étonnait le plus, c’est que j’étais en mesure de penser. Je croyais que, quand on passait l’arme à gauche, on se retrouvait dans un état où la douleur n’existait pas, où le toucher aurait disparu : j’étais persuadé que, quand l’on mourait, on se retrouvait dans un état de béatitude qu’aucune drogue au monde ne pouvait fournir, une sorte d’euphorie en continue.
Que, pour cette raison, pensée ne pouvait pas être possible.
Mais, malgré moi, pensée, c’est ce que j’étais entrain de faire.
Comment c’était possible ?
Puis, peu à peu, je repris conscience de mes sens. A en croire la surface sur laquelle je suis actuellement exposé, j’étais dans un lit… ou dans un cercueil, au choix.
Pour me rassurer, je me dis que j’étais plutôt dans un lit.
Je n’arrivais toujours pas à bouger, j’avais faim et je sentais la douleur revenir en force. Lentement mais sûrement. Chacun des micros mouvements que je faisais m’aurait fait hurler de douleur si j’avais pu crier.
Mes yeux, malgré qu’ils soient fermés, ressentaient un aveuglement désagréable : je me trouvais donc dans une pièce éclairée, où un semblant de vie devait se promener.
Après la vue, ce fut l’ouïe qui, me revint, pas assez clairement, mais assez pour que je puisse entendre une sorte de brouhaha, signe que j’avais l’air entouré.
Ces quelques symptômes me rassurèrent un peu, mais au bout d’un moment, quand je me rendis compte que je n’arrivais toujours pas à ouvrir les yeux, mon angoisse redoubla d’intensité.
Je ne peux pas dire combien de temps je suis resté dans cet état.
Une heure ?
Un jour ?
Une semaine ?
Peut-être pire, un mois ?
Aucune idée.
Pour m’occuper l’esprit, car du côté du corps, c’était un peu compliqué, je me repassais en boucle dans ma tête mes chansons préférés. Une chanson faisant environ trois minutes, je réussis à retrouver un semblant de notion du temps.
A partir de ce moment, je peux dire que, je suis resté environ deux jours dans, ce que l’on qualifiera de coma, car j’ai chanté en tout quatre cent quatre vingt chanson, chacune faisant trois minutes environ, cela me donnait mille quatre cent quarante minutes, ce qui fait deux jours.
Et oui, cela peut vous étonner, mais je n’étais pas si nul que ça en mathématique. Et il a fallut que je tombe dans le coma pour m’en rendre compte.
Au bout du troisième jour, mes paupières refusaient toujours de se lever, néanmoins, mes oreilles, elles, fonctionnaient à plein régime.
Je pu donc entendre, puis reconnaître la personne qui était à mon chevet : il s’agissait de Kim.
Pendant quelques secondes, je me mis à hésiter.
Si je venais à me réveiller, j’allais très certainement me prendre la volée de ma vie…
Mais j’oubliais rapidement cette remarque débile, pensant à : Pourquoi j’étais dans cet état là ?
C’était de ma faute, il fallait l’avouer. Je n’avais pas été très malin sur ce coup là.
Pour qui est-ce-que j’étais dans cet état là ? Pour Lena. Parce que sans moi, elle va se faire enlever, et ce sera, une fois de plus, de ma faute.
Et ça, il en était hors de question. Je trouverais une solution. Il y en a toujours n’est-ce-pas ?
Allez Jason, pour elle, trouve quelque chose !!
Quatrième jour, une migraine commença à me prendre dangereusement. Ne ressentant pas vraiment la fatigue, j’avais réfléchis toute la nuit, et malgré cela, aucune idée « potable » ou « réalisable » ne me traversa l’esprit.
La fuite n’était pas une solution. Lena ne le supporterait pas, moi non plus.
Quand j’ouvris enfin les yeux, j’étais désespérer, et je commençais même à me demander si mourir n’aurait pas été plus facile pour moi.
Kim sembla me parler, mais au-delà du fait que je ne pouvais pas l’entendre, surtout, je ne voulais pas l’écouter.
Elle arrêta soudain de parler, se pencha vers moi et me regarda droit dans les yeux.
Je ne sais pas ce qu’elle y a lu, mais pour moi, son regard à elle exprimait, non pas de la pitié, mais de la tristesse.
Elle compatissait en quelques sortes.
Elle ouvrit la bouche, et je compris ce qu’elle me dit :
- Tu as le regard vide. Mais ça devait arriver.
Elle se releva et soupira.
- Je dois y aller…
Je réussis tant bien que mal à parler, n’ayant pas parlé depuis quatre jours, ma voix était complètement enrouée :
- … où ?
Elle baissa la tête et une larme coula.
- Pardonne-moi Jail …
- Me dis pas que …
- Vacci m’a refilé ta mission. Tant que l’on ne la pas kidnappé, tu ne dois pas sortir d’ici.
- C’est une blague, hein ? C’est ça …. Tu mens …
Ses sanglots redoublèrent d’intensité.
- Pardonne-moi …
Je suppose qu’elle ne pu en supporter plus, car elle partit en courant, me laissant seul.
J’avais besoin de partir, de m’isoler… de m’endormir, et même si ce n’est pas définitivement, pour le moment, j’en avais assez. J’allais fuir, mais à ma façon.
Pardonne-moi Lena …
Mais l’Homme est un monstre, tu dois bien le savoir…
Les jours qui suivirent, quasiment personne ne vint me rendre visite. Qui aurait envie de sympathiser avec un traître après tout ?
Seul une vieille dame venait régulièrement pour me nourrir. Mais ça s’arrêtait là.
Mange et tais-toi.
Nourris-moi et tais-toi.
Nos dialogues étaient silencieux mais facilement compréhensible.
Trois jours après, ce qu’était devenu Lena, je n’en avais aucune idée.
Etait-elle vivante ?
L’avait-il déjà kidnappé ?
Je préférais ne pas y penser tellement je me sentais coupable.
Deux jours après, je réussis enfin à bouger. C’était encore très douloureux, mais on dit toujours que, plus l’on souffre et moins on s’en rend compte. Plus la douleur est présente et moins on la ressent.
C’était vrai.
Je pu donc constater par moi-même le système hors-norme de sécurité que Vacci avait mit en place pour que je ne puisse pas sortir.
Mais, mettre le pied dehors, cette éventualité ne vint même pas m’effleurer.
Je me dirigeais donc vers ma chambre.
Sur mon passage, le regard de mes « coéquipiers » renvoyait toute ma tristesse, et certain d’entre eux se risquait à ressentir de la pitié.
Ceux là, ne firent pas long feu.
Arrivé dans ma chambre, je sombrais.
J’ouvris mon placard et en sortit ce dont j’avais besoin.
Une. Une seule et je serais dans un monde parfait.
Une simple petite dose, et mes problèmes s’envoleront.
S’envoleront, oui, mais ils ne disparaîtront pas.
Une partie de moi me réprimandait, mais en majorité, mes autres parties étaient plus que d’accord avec moi.
C’est donc sans hésitation que la seringue transperça ma peau, le liquide bienfaiteur, quittant peu à peu l’étau de verre pour se répandre dans mes veines.
Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas drogué. Malgré que la dose soit faible, les effets, eux, étaient bien présents.
Le bruit d’un verre brisé retentit dans les couloirs environnant.
Je m’écroulais dans mon lit, bien décidé à augmenter la dose si le réveil s’avérait être trop brusque.
Pourtant, tout allait bien, mais en ce monde, rien ne dure. La vie elle-même, face à l’immensité de l’univers, n’est qu’éphémère.
Alors, comprend moi Lena, notre amour ne fut que journalier.
Pardonne-moi encore d’avoir tué Jail, et pardonne-moi d’avoir fuit… encore.
Tout allait bien, mais rien ne dure.