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Chapitre 3 : Renouveau (du point de vue de Lena) :

 

 
Et c’était repartit. 
Une journée de plus. Je me fonds dans la masse. Je ne sors pas de l’ordinaire. Après tout, on est plus de huit milliard sur Terre, moi, je n’ai rien de plus ou de moins qu’elle ou que de lui. 
La routine m’emporte. Elle me tue. L’automatisme incessant de ma vie, m’énerve. 
Et toi là-haut ! 
S’il te plaît ! Sors-moi de là. 
Je ne tiendrais pas plus longtemps. Donne-moi une distraction. Changer de nom ne me suffit plus. 
Lena, c’était moi. 
Laetitia, c’est moi. 
Lena était heureuse, mais en ce monde, rien ne dure. 
La richesse durcie les cœurs les plus tendres. Le désir, le pouvoir, n’engendre que le sang.
Seul mon beau-père m’aime. Mais moi je ne l’aime pas. 
Il a organisé la mort de mon père biologique. 
Pourquoi ? 
Pour l’argent. 
Ma mère, c’est elle la milliardaire. 
Alors, pas la peine de vous faire un dessin, celui qui l’épouse, devient à son tour milliardaire. 
Ma mère, elle, est trop préoccupée par sa fortune et ses entreprises pour se soucier de moi ou de son nouveau mari. 
Quand papa est mort, elle n’est même pas venu à l’enterrement. 
Depuis, je la considère plus comme un monstre qu’autre chose. 
Et je ne suis pas loin de la vérité.  
Et si mon beau-père fait semblant de m’aimer, car je doute fortement que ce soit sincère, c’est seulement pour faire bonne figure devant ma mère. 
Mais bon, c’est comme ça, qu’est-ce-que vous voulez que j’y fasse. 
C’est la fin de la journée. Je sors. 
J’habite à deux pas du lycée, va savoir pourquoi. 
Il ne me faut pas plus de deux minutes pour rentrer chez moi, mais je traîne en cours de route, histoire d’être tranquille encore un peu, avant de revenir dans ce que je considère plus comme l’enfer que ma maison. 
Ça ne fait pas longtemps que l’on a emménagé à Manhattan. Avant, on habitait en Italie, après la mort de papa, on a déménagé.
Je suis loin de tout, et même loin de lui. 
Quatre minutes. Cela fait quatre minutes que je traîne, déambulant dans la foule. 
Alors que j’allais arriver chez moi, un jeune adolescent m’aborda :  
- Euh… excuse-moi, commença t’il, mais je viens d’emménager dans le quartier, je me nomme Jason Delamasta et j’aimerais savoir si, comme je suis nouveau, tu pourrais m’accompagner demain au lycée ?
Qui c’était ? C’était clair qu’il était nouveau, je ne l’avais jamais vu avant. 
Il n’avait pas l’air d’un gosse de riche, étant donné qu’il m’avait tutoyé, chose bien inhabituel dans ce quartier. Cet acte pouvait même passer pour une injure. Il était vêtu simplement aussi. 
Je fus contente de rencontrer quelqu’un qui semblait modeste. Ça allait me changer. 
Changer ? 
Oh …. Au fait, merci toi, là-haut. 
C’était vraiment sympa de faire ça pour moi.    
Mais, je ne sais pas vraiment pourquoi, ce garçon en face de moi me semblait… suspect. Par son expression sur son visage, on pouvait y voir des traces que des années de souffrance et de douleur laisseraient en temps normal.    
Je tentais de le cerner, ce qui ne fut pas très compliqué, il semblait très expressif. 
Il respirait le mystère… Et il avait tout du type qui était venu me kidnapper… Pourtant, ça technique d’approche était hors du commun. Il prenait des risques en agissant ainsi. 
Mais je ne vais pas me plaindre, du changement, j’en ai demandé, et il est juste sous mon nez, ce serait du gâchis de lui dire non. 
 - Pourquoi pas, après tout, j’accepte. Je lui tendis la main. Enchanté Jason, je m’appelle Laetitia.
Il parut surpris quand je lui dis que je m’appelais Laetitia. Peut-être qu’il pensait que comme moi, le prénom ne collait pas avec l’image. 
Mais, au fait, qu’elle heure était-t-il ? Oh, mince, déjà ! Mes parents sont très pointus sur l’heure. Ils doivent avoir peur que je me fasse kidnapper. C’est vrai que je dois être la victime idéale.  
- Bon je dois y aller ou mes parents vont faire une attaque. Alors, à demain, même endroit…, je fis une pause, Jason. 
J’avais eu beaucoup de mal à dire son prénom, car j’en étais convaincu, peu importe comment il se nommait, il ne s’appelait pas Jason. Mais, finalement, dans un sourire, je réussis à prononcer son nom, je m’y étais résigné.
Je tournais les talons, pour me diriger chez moi. Quand je me retournais, il était déjà partit. 
Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais « Jason » m’intriguait. 
J’allais m’amuser avec lui, c’était un fait établit. 
Il serait MON mystère, et je le déchiffrerais avec le temps. 
Je toquais à la porte, et je fus accueilli par mon beau-père, tout sourire comme d’habitude, même si ce sourire sonnait faux sur son visage, à mon goût. 
Je saluais d’un bref revers de la main ma mère qui était, encore, au téléphone et je montais, tout en évitant mon père, sans plus de cérémonie. 
Je m’écroulais sur mon lit. Heureuse de la rencontre que je venais de faire. Si seulement le temps avait pu s’arrêter. J’aurais pu rester avec lui et … 
Et quoi ? 
Mais à quoi est-ce-que je pense moi ? 
Il n’est qu’un jouet, une raison de retarder l’inévitable, un amusement avant la fin. Je le cernerais et quand j’en aurais marre, alors ce sera finit. 
Ma vie repose sur toi, Jason, alors, rend-la la plus dynamique possible, que j’en oublie jusqu’à qui je suis. 
C’est donc avec un sourire aux lèvres que j’attaquais mon devoir de mathématiques, qui, lui, ne tarda pas à me le retirer. 
Je descendis en flèche, mangea en quatrième vitesse, et je repartis aussi vite que j’étais venu dans ma chambre. 
Je m’y sentais bien, entouré de quatre murs, d’un lit et d’une radio, pour moi, c’était le stricte nécessaire.
Je m’endormis peu de temps après, et quand je me réveillais, je savais qu’à partir de ce jour, ma vie allait radicalement changer.  
Oui. Adieu routine, et vive le changement.   
Pourtant, malgré que je me réveille de bonne humeur, mes parents, eux, eurent bien vite fait de plomber l’ambiance. 
Si j’avais su qu’il allait oser me dire « ça », je serais passé par la fenêtre, histoire de les éviter. Il faudra que j’y pense un jour, tien. 
Tout d’abord, l’attitude de mes parents était plus que suspecte. Ma mère n’était pas au téléphone, chose, ô combien, rare. Mon père me pris presque dans mes bras, et ils me dirent en cœur qu’ils avaient à me parler, alors qu’en temps normal, c’est à peine s’ils remarquaient ma présence. 
- Nous avons à te parler, Laetitia. 
- En faite, ce que veux te dire ta mère, c’est que… 
- J’ai besoin de m’allier commercialement avec une grande firme Chinoise. Il faudra donc que tu épouses son fils ainé. 
- Quoi ? 
- Je leur ai déjà dit que tu étais d’accord. Les fiançailles auront lieu le mois prochain. 
- Tu m’as vendu ? 
- Tu n’aurais pas du lui annoncer ça comme ça, ma chérie. 
Pour une fois, j’étais d’accord avec mon beau-père. C’est comme si je m’étais prise une claque, et pas une petite, non loin de là… Pourtant, la douleur physique que j’aurais voulu ressentir à ce moment précis, n’ai jamais venue. Seule la peine, la douleur, et surtout la déception remplissait mon esprit, et plus les secondes passaient, plus cette douleur s’accentuait. 
Qu’elle m’ignore, passe encore, qu’elle ne s’occupe pas de moi, je m’en moque, mais qu’elle me détruise, comme ça, tout ça, juste pour elle, son argent et ses entreprises, elles se moquaient de moi là, hein ? 
Poisson d’Avril ?    
Non ? 
Pourtant, j’aurais tellement voulu y croire, croire que tout cela n’était qu’une vaste blague… 
Elle était égoïste ! Elle ne pensait qu’à elle ! Et moi alors dans tout ça ? Je suis juste un moyen d’ajouter un zéro derrière ta fortune, c’est ça ? 
Les mots me manquaient, et malgré moi, toutes les sortes de jurons, d’insultes et d’injures que j’aurais voulu lui cracher à la figure, je n’ai jamais réussi à les faire sortir… 
Alors, je décidais que, peu importe ce que j’allais lui dire, même leur dire, je voulais qu’ils ressentent toute ma haine dans ma voix, que mon cri les détruise, et qu’ils se fassent bouffer par la rancœur. 
C’est donc le regard noir et le sac sur le dos, que je leur hurlais dessus, une phrase bien molle face à mon désarroi : 
- Vous m’énervez ! 
Certes, j’aurais eu l’embarras du choix quant à la phrase appropriée, mais si j’avais commencé à les insulter, et à tout déballer, je n’aurais pas finit avant midi, alors je me retenais, contenant ma haine et tentant de me trouver une satisfaction quelconque. 
Ah, oui, c’est vrai, je devais retrouver « Jason ». Cette simple pensée réussi à me faire retrouver le sourire. MON mystère.
Lui aussi, est-ce qu’il avait des monstres en guise de famille ?
En tout cas, de mon côté, avec les miens, c’était définitivement terminé. J’en ai supporté des choses, mais là, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Depuis, je n’aspirais qu’à une chose, partir. 
M’enfuir ne me dérangerais pas. 
Et pourquoi pas chez Jason ? 
Ça ne peu pas être pire que chez moi, si ?
C’est quand je l’aperçus, que mon visage s’illumina vraiment. Sur l’euphorie du moment, j’étais vraiment heureuse de constater qu’il était venu. 
Puis, mon sourire s’obscurcit un peu. 
Il était blessé ? 
J’avais beau me passer les images de notre rencontre en boucle dans ma tête, j’en étais sûr, hier, il n’avait pas ce bandage.   
Je me risquais donc à une question indiscrète, que toute personne poserait dans ce genre de situation : 
- Ton bras ?
Il sembla surpris. Oui, certes, mais surpris de quoi ? Que je m’inquiète pour lui, que je le remarque dès son arrivé ? Je ne le su pas. Ou peut-être n’avait-il tout simplement pas encore préparé son excuse, qui sait ?
Justement, vu le temps qu’il mettait à répondre, je commençais vraiment à appuyer la dernière hypothèse. Je me risquais à l’humour.
- Tu as perdu ta langue ?
Après une courte pose, il répondit finalement :  
- Peau de banane… 
Si il se croyait drôle, même moi j’aurais pu faire mieux. Mais peut-être disait-il la vérité ? 
Je tentais de lui faire cracher le morceau, en lui faisant comprendre que je doutais vraiment de son excuse. 
- Vraiment…
- J’ai deux bras gauches… 
- Et un dans le plâtre à ce que je vois …
Il m’attristait.  
Sur sa tête, on pouvait y voir la peur de s’être fait mis à jour, il semblait aussi se demander si je n’étais pas devin ou un truc dans le genre. 
- Non je te rassure, je ne suis pas devin ou un truc dans le genre.
Et là il me prenait pour un alien qui lisait dans les pensées, de mieux en mieux… 
- Je ne lis pas dans les pensées et je ne suis pas un alien non plus … 
 - Alors comment tu … 
Il semblait perdu. Je le fixais donc dans les yeux et décidait de lui expliquer.   
 - Tes yeux…
-  Quoi mes yeux ?
- Ils sont cernés, et c’est très profond. 
En réalité, la veille, ils l’étaient aussi, mais aujourd’hui, c’était pire. 
- Et alors ?
- C’est le signe d’une mauvaise nuit, une nuit douloureuse aussi. 
Et de mauvais traitement surtout … Où vis-tu donc Jason ? 
Je continuais dans mes explications.  
- Ton visage est très expressif, on peut lire en toi comme dans un livre ouvert.
 Maintenant, il semblait craintif. 
- J’aurais dis ça à n’importe qui, cette personne aurait éclaté de rire en sachant que je me suis blessé avec une peau de banane. Pourquoi pas toi ?
Cette phrase, me fit revenir en arrière, et c’était assez douloureux. 
- Je ne vois pas l’intérêt de rigoler du malheur des autres… même si…
Je baissais les yeux. Alors c’est ça qu’il voulait, que je rigole de lui, alors dans ce cas, d’accord, je vais essayer, je vais me forcer à rire, si c’est ce que tu désires.  
- Franchement… 
Je relevais la tête et éclatais de rire, faisant semblant de me plier en deux sous les fou-rires : 
- J’aurais bien aimé voir ça … rien que de t’imaginer glisser sur une peau de banane comme dans les cartoons, ça devait être trop drôle …
Moi, je devais surtout avoir l’air pathétique…
Pardon, Jason… 
-… 
Il ne réagit pas. Ce fût désormais à son tour de me percer à jour. Je faisais semblant de rire, et sur le coup, je l’attristais, je le peinais et son regard était devenu douloureux. Pourtant, je perçus autre chose dans ses yeux. Quelque chose de plus fort, de plus puissant que de la tristesse… 
C’était… non ! Il aurait osé ! 
Je lui envoyais mon poing dans son bras valide.
Il ne s’y attendait pas et répliqua assez violement sur le coup.
- Et mais ! C’est le seule qu’il me reste d’accord ! Alors ne t’avise pas de le toucher ! 
Je souris. Il m’amusait vraiment. Mais je ne pouvais pas lui pardonner son attitude de tout à l’heure, sa pitié, je n’en avais nullement besoin, et j’allais lui faire comprendre.
- D’accord ! Mais de ton côté …
Je me rapprochais de lui, pour accentuer ma menace, ou peut-être que étais-ce parce-que depuis tout à l’heure, j’en avais envie ? 
- Pas de pitié…
Ma voix tranchait. Je l’avais rendu la plus froide et la plus dure possible, dans l’espoir de l’effrayer, ce qui ne marcha pas bizarrement. 
Il parut juste surpris, et, son étonnement passé, il me rendit mon coup de poing, moins fort évidement, mais il me le rendit quand même. 
- Je te retourne l’avertissement…
Il se colla à moi, encore plus près, si ce fût possible et, sa voix imitant la mienne, il répliqua : 
- Pas de pitié…
Ce fut mon tour d’être choqué, car je n’avais pas prévu qu’il réagirait ainsi. 
On resta collé, combien de temps, je ne saurais le dire, mais je sais qu’au bout de cette durée indéterminée, nous sourions ensemble. 
Pourquoi ?
Moi-même je ne le sais pas.
Peut-être que lui avait ses raisons, moi, c’était juste sur le moment, une sorte d’euphorie, pas forcément volontaire, mais qui faisait du bien. 
Je me décidais tout de même à briser le moment, n’ayant pas envie d’arriver en retard en cours, j’avais une dent contre l’administration de mon lycée, et tout particulièrement la CPE. 
- Bon, on va finir par être en retard, suis moi Jason, je vais te montrer notre sanctuaire de l’ennui et de la connaissance, mais entre nous, c’est plus de l’ennui. 
Il était d’accord avec moi, au vue du sourire qu’il affichait. 
- OK je te suis, grande prêtresse ! 
Il avait mis une main sur le cœur, comme les chevaliers servants. Cela m’étonnait même qu’il n’est pas mis un genou à terre. 
A peine avait-on franchit le portail du lycée, que Jason fut pris d’assaut par la proviseure. 
Je le plaignais, le pauvre. Cette brave dame avait la vilaine manie d’être drogué aux pots de vins et autres magouilles. En échange d’une modique somme versé chaque mois, les parents s’assuraient de résultat, et de passer l’éponge sur certain acte de leurs enfants. 
- Bienvenue au lycée ! Tu dois être Jason Delamasta, n’est-ce-pas ? 
- Euh… 
Il était pris au dépourvu.
- Oui, c’est bien moi.
- J’espère que tu te plairas ici ! 
Puis elle me remarqua. 
Zut alors…
- Ah, mais je vois que Carla est avec toi ! Vous êtes dans la même classe, c’est ça ? 
Tu devrais le savoir, non ? Puisque c’est toi qui les fait justement, les répartitions de classes… 
- Et bien tu pourras lui montrer le lycée comme ça.
Comme si j’allais le laisser en plan comme ça, en plein milieu de la cour de récréation. 
Elle en posait parfois de ces questions… 
J’entendis un portable sonner et un Jason qui en semblait ravi. Je le comprenais, si l’appareil n’avait pas sonné, il y serait encore. 
- Je dois vous laisser. Passé une bonne journée ! 
Bof, ça ne risque pas … 
Quoique, maintenant que Jason est là, il devrait pimenter un peu mon quotidien, enfin, espérons-le …      
- Carla, hein ? 
- … ?
Pourquoi me demandait-il mon nom ? Ah, oui… La proviseure m’appelait par mon deuxième prénom, parce-que pas mal de personne, selon elle, portait Laetitia et que m’appeler Carla lui semblait plus facile. Il fallut donc que je lui explique.     
- C’est mon deuxième prénom. Je m’appelle Laetitia Carla Katsité. Mes amis m’appellent aussi comme ça. 
Il était perplexe. Pourquoi ne me croyait-il pas ?   
- Tu ne me crois pas c’est ça ?
Il fut encore plus perplexe. 
Je soupirais, puis j’eu un trait de génie. 
- Et bien je vais te le prouver ! 
Il parut amusé. 
- Ah oui, et comment tu comptes faire ça ? 
Je me mis à chercher dans mon sac, LA preuve irréfutable que je me nommais Laetitia Carla Katsité. 
C’est en relevant les yeux de mon sac que je vis qu’il faisait la grimace, après une rapide analyse, je me rendis compte que, effectivement, il avait oublié son cartable. Puis, il afficha une mine désintéressée, comme si cela n’allait pas avoir plus de répercussion que ça sur sa journée. 
- Ca y est ! J’ai trouvé ! 
Je lui brandis ma carte d’identité sous le nez, si près qu’il  dut la prendre dans ses mains et l’éloigner un peu pour pouvoir la voir clairement. 
Il lut à haute voix.
- Laetitia Carla Katsité, né le six juillet mille neuf cent quatre-vingt quatorze. Nationalité française…  Mouais je te crois …
Il ne semblait toujours pas convaincu. 
- On ne dirait pas pourtant… 
- … 
Il ne répondit rien. 
- Et mais, au faite Jason, et toi, ta carte d’identité, je peux la voir ? 
Il eut les yeux ronds l’espace d’une seconde. 
Quoi ? 
Il était clandestin ?
- Je ne les pas sur moi, désolé. Je te l’apporte demain, c’est promis ! 
Je réfléchis, et je trouvais le piège…
- Demain on est samedi, c’est le week-end, comment tu comptes me la montrer ?
Il se moquait de moi… 
- Et bien tu patienteras jusqu’à Lundi alors ! 
Sa mauvaise foi se voyait trop… 
- Ah non ! 
- Non quoi ? 
- Je refuse de te parler tant que tu ne m’auras pas montré ta carte d’identité ! 
- Mais pourquoi ?
- Et qu’est ce-qui me dit que tu n’es pas un terroriste ?
Il riait. 
- Tu as de ces théories … J’ai vraiment une tête de terroriste ? 
- Oui ! 
Il ne s’en rendait certainement pas compte, mais parfois, il faisait peur. Et puis, c’était comme si il y avait écrit kidnappeur juste au dessus de sa tête …  
- Tu es si méfiante que ça ? 
Moi, méfiante ? Vis-à-vis de toi, non. Mais…  
- Tu sais, masquer qui on est c’est si facile. Il ne faut jamais se fier aux apparences. 
Un goût amer commençait à poindre dans ma bouche, et j’ai même cru que sur le coup, j’allais vomir.
Jason me fixait avec, non pas de la pitié cette fois, il devait tenir à son bras, mais plutôt avec de la compassion. 
- Tu vas me dire que ça sent le vécu, hein ?
Son regard devint soudain plus dure, signe que je devais sérieusement commencer à lui taper sur le système nerveux. 
Je tentais de faire passer la pilule.   
- C’est facile en fait, tu es très expressif. Savoir à quoi tu penses, c’est un jeu d’enfant ! 
Ses yeux s’obscurcirent encore d’avantage si possible, et je comprenais que, plus j’essayais d’améliorer les choses, et plus elles s’aggravaient… 
Mais il me sortit de mes pensées.
- Alors cette méfiance ? D’où elle vient si ce n’est pas trop indiscret ?
Ce goût, cet horrible goût que vous laisse le sentiment d’être trahi, cette sensation amer, salé, et qui, malgré vos efforts, ne disparait pas, ne faisant que s’accentuer d’avantage. Je commençais à avoir la nausée, essayant tant bien que mal de penser à autre chose que ça, ne voulant pas revoir cette scène. 
Trop tard.
Je sais que mon beau père, est l’assassin de mon père, et même si ce n’est pas lui qu’il l’a tuée, je sais au moins que c’est lui qui a donné l’argent au meurtrier. 
J’avais fait la grossière erreur de sortir avec des amis ce soir là. 
Sur les quais, sur les bords de la ville, je vis mon père, la tête haute et le regard impassible, et en face de lui, un homme qui portait… un revolver. Ensuite, je me souviens juste avoir entendu deux coups de feu, et le coupable sortit une phrase sarcastique. Ensuite, je m’étais tout bonnement évanouie. 
Comment lui dire ça. Je ne me sentais pas la force de lui raconter ce que j’avais vécu. L’amertume m’envahissait dangereusement, donc pour clore ce sujet plus que tabou, pour moi, je répondis de manière détournée. 
- Trahison. 
- …
- Et mensonge.
Je m’attendais à ce qu’il me bombarde de question, quand finalement, rien ne vint. Cette réponse semblait lui satisfaire amplement. Il ajouté néanmoins quelques mots, qui eurent finit de me pousser à bout.
- Pourquoi tu ne vas pas de l’avant ? 
Pourquoi je ne vais pas de l’avant ? C’est simple, parce-que j’ai tout laissé derrière, et que rien ne m’attend devant. 
Ne voulant pas remettre le couvert, je me décidais à le traîner en cours car, pour le moment, c’était la seule alternative que j’avais trouvée. 
- Hey regarde ! Les cours vont commencer. Il ne faudrait pas que tu sois en retard dès le premier jour, tu te ferais mal voir ! Viens on y va ! 
Avec mes deux mains, je lui attrapais le bras et le tirais. Il se laissa faire à mon plus grand étonnement. 
Comme diversion, j’avais déjà fait mieux, mais sur le coup je n’avais pas eu trop le choix.
On arriva donc rapidement en cours.   
- Bien, aujourd’hui nous allons accueillir un nouvel élève. Veux-tu bien te présenter s’il te plaît ? 
- Bonjour à tous, je m’appelle Jason Delamasta, et je viens d’Italie, je viens d’emménager à Manhattan et j’espère que nous passerons une bonne année ensemble. 
Il venait d’Italie ? Tiens ? Comme moi ? Le monde était décidément petit. Pourtant… il n’avait rien d’un italien… 
Bon remarque, moi non plus après tout… 
- T’a vu le nouveau ! Il est trop beau ! Oh, regarde ses yeux … 
Et voilà, déjà les pimbêches de la classe gloussaient devant Jason. Bon c’est vrai qu’il y avait de quoi. Jason était fin, musclé, grand, mais pas trop non plus, juste ce qu’il faut. Son charme résidait surtout en son visage : ses cheveux mi-longs noirs qui tombaient, et ses yeux, d’une couleur indéfinissable. Les miens tiraient sur le marron-bordeaux, et les siens plus sur un bleu, mais vraiment très spécial, un mélange parfait de turquoise, de bleu nuit et bleu ciel, avec des reflets noirs profonds, lui donnant une aura mystérieuse. J’avoue que la première fois que je l’ai vu, se son surtout ses yeux qui m’ont… 
Qui m’ont quoi ? Ne pas dire qu’ils m’ont charmé serait mentir, mais bon, je ne pouvais quand même pas lui annoncer au bout de deux jours que j’avais eus … le coup de foudre ? Il ne manquait plus que ça …     
- Mais pour qui il se prend cet enfoiré !
C’était mon voisin de devant qui avait dit ça… J’étais presque d’accord avec lui, on devait certainement parler de la même personne, sauf que je m’en voulais plus à moi-même qu’à lui. Mais voilà comment est l’Homme. Quoi que l’on fasse, ce n’est jamais de notre faute…
Décidément, pas de chance, le premier cours était un cours de mathématiques et Jason avait l’air aussi content que moi...
 J’avais une sainte horreur de cette matière. La plupart du temps, je me plaçais au fond, et là, j’avais l’embarras du choix : le morpion, les blagues débiles, ou au mieux, la sieste… 
Je fus, plus qu’heureuse, d’enfin sortir de cet enfer, enfer qui, s’en était presque déprimant, faisait partit de ma routine. 
Avant quand je pensais routine, je me sentais vide, mais désormais quand ce mot me traversait l’esprit, c’est à Jason que je pensais. 
Justement en parlant de lui … 
- Ouais bon ça va, on ne peut pas être bon partout… 
- Je suis d’accord avec toi, mais de là à être bon nulle part….       
En effet, durant les cours, il y a toujours un moment où on décroche, parce que le cerveau n’en peut plus, parce qu’on est fatigué, enfin bref, à chacun ses raisons, mais lui, Jason, il n’avait même pas accroché. On aurait dit qu’il n’avait jamais été à l’école… 
J’étais, pas morte de rire, mais presque… 
Je réussi quand même à me reprendre et à le saluer. 
- Bon, je dois y aller. Mes parents sont très pointus sur l’heure à laquelle je dois rentrer. 
- Ok. 
Il semblait déçu. 
- Tu veux que je te raccompagne.
J’essayais de le consoler, mais j’eu plus l’impression d’aggraver les choses. Il balbutiait presque, comme prit sur le fait. 
- Euh, j’habite un peu loin, vers le port alors non c’est bon. Ne t’inquiète pas. En plus, si tu venais à m’accompagner, tu arriverais en retard. Tu risques de te faire engueuler par tes parents. Tu veux que je te ramène pour me faire pardonner ?
Il avait réussi à déblatérer pas mal d’excuse en peu de temps. Est-ce-que j’allais le laisser filer ? 
Bon, je pense que la journée n’a pas été facile pour lui, avec toutes les filles qui lui tournaient autour, filles qu’il faudra que je pense à tuer au passage. Je vais le laisser filer. Ce n’est pas comme si il allait disparaître du jour au lendemain. 
- D’accord, mais il faudra que tu me montres ta maison un jour, ok ?
- D’accord, mais tu devras me rendre l’appareil ! 
O chantage, divin chantage… je venais de me faire avoir… 
- Et comment ?
- Invite-moi en premier chez toi, et tu pourras venir chez moi.
Pourquoi moi en premier ? Bof, peu importe… ça ne me dérangeait pas tant que ça… 
- Marché conclu ! 
On se serra la main pour clore le contrat. 
De l’inquiétude se lisait dans son regard, comme si je signais mon arrêt de mort en débarquant chez lui. 
On arriva assez rapidement chez moi. Il détaillait attentivement la maison, semblant douter que c’était celle-ci. Ma mère n’étant pas là souvent, elle ne s’occupait pas vraiment de la maison, étant les trois quarts du temps en déplacement, et quand à mon beau-père, il avait très mauvais goût… 
Je repensais à ses murs verts kaki qui rendaient sa chambre sombre et d’aspect sale alors qu’il était un maniaque du ménage.   
Je sonnais chez moi et ma mère apparue. Elle était au téléphone, comme d’habitude, et je me souvins soudainement de la conversation de ce matin.
Elle allait me le payer. J’allais la pousser d’une façon ou d’une autre à choisir entre moi ou son travail, elle avait été trop loin. Seul mon beau-père me salua : 
- Bonjour Lena ! Comment s’est passé ta journée ? 
J’allais lui dire de me laisser tranquille, je voulais le rembarrer, voir de la tristesse dans ses yeux, quand …   
- Lena ?  
Quoi Lena ? Il avait un problème avec mon, ou plutôt, mes noms, ça se voyait. J’allais, une fois de plus lui expliquer, histoire de calmer le regard soupçonneux et pesant qui me fixait depuis tout à l’heure. 
Je me tournais vers lui, lui lançant un regard qui se voulait rassurant. 
- C’est le surnom que me donne mon père. 
Il sembla se contenter de cette réponse, n’allant pas plus loin. 
On se salua et il repartit. Je me décidais tout de même à rentrer dans la demeure, ne pouvant pas tenter une fugue étant si près de chez moi. 
Fuguer ? 
Oui, mais où ? 
Le temps défilait, et je savais que, dans un mois, je serais finit, si je ne trouvais pas un moyen quelconque de me sauver de cette famille, que je ne considérais plus comme la mienne depuis bien longtemps. 
L’image de Jason s’imposa à moi comme une révélation. 
Lui, je pourrais aller vivre chez lui, non ? 
Pourtant, tout à l’heure, il avait l’air d’être contre le fait que je vienne chez lui. Mais il est mon seul échappatoire, où est-ce-que je pourrais aller d’autre ? 
C’est décidé, je quitterais cette maison. Et il a plutôt intérêt à être d’accord, sinon… sinon…. Je suis finit tout simplement. 
Quelle dure réalité, mais le pire, c’est que c’est  ma réalité… 
Et toi Jason, toi, qui es MON renouveau, tu es le seul à pouvoir me sortir de cette galère…   
Lundi, je te le demanderais… 
Emmène-moi avec toi ! 
Emmène-moi avec toi … 
Quatre petits mots, qui pourraient bien changer ma vie. 
Mon week-end, je les passés à me remplir la tête de rêve sur une possible fugue avec, reconnaissons-le, quelqu’un de très appréciable.
Mais quand Lundi arriva, le stress s’empara soudainement de moi, détruisant ainsi mes illusions d’un coup.
C’est stupide, je le reconnais, mais, et lui ? 
Voudrait-il fuir avec moi ? 
Si ça se trouve, il est très bien chez lui, et il va me prendre pour une fille qui veut faire l’intéressante… 
Pourtant, je voulais tenter le coup, tenter ma chance, parce-que c’est maintenant ou jamais, parce-que après ce sera trop tard… 
Lundi arriva bien trop vite à mon goût et je me retrouvais une fois de plus à notre point de rendez-vous.
- Bonjour Laetitia ! 
- Tu es en retard ! 
- Oui je sais, mais j’ai une bonne excuse ! 
- Ah oui ?
Les hommes, ils ont toujours besoin de se justifier…  
Il fouilla dans ses poches, et me mit sa carte d’identité sous le nez, comme je lui avais fait la première fois. 
Je la pris et la lue à haute voix : 
- Jason Mathis Delamasta, né le six juillet mille neuf cent quatre vingt quatorze. Tiens ? Tu es né le même jour que moi ?
-Il semblerait bien …
Comment ça il semblerait bien ? 
- On fêtera notre anniversaire ensemble alors ?
- D’accord.
Je réfléchis, une envie de le taquiner avait remplacé mon stress à mon grand bonheur. 
- Tu n’as pas trop d’amis au lycée, je me trompe ?
- Je ne suis arrivé qu’hier…
- Ce n’est pas une raison ! 
Il ricana, soit à la phrase, ou à l’attitude, car j’avais posé les mains sur les hanches et je le grondais, comme une mère l’aurait fait. Il réfléchit et ce qu’il me répondit… 
- Tu me suffis amplement… 
…me surpris,  mais me rendit surtout heureuse, car j’en avais presque rêvé qu’il les prononce pour moi. 
Il semblait réaliser ce qu’il avait dit, et pour le remercier, je lui souris.  
Je lui souris pour ce qu’il m’avait dit. Je lui souris, pour tout ce qu’il faisait, sans faire attention bien sûr. 
Juste un sourire, qui ne sembla pas le satisfaire pleinement.  
On arriva devant le lycée. 
Cette journée également se passa bien. Si on omit de préciser que, une fois de plus, Jason n’avait rien compris de tous les cours. Mais peu importe, au contraire, cela m’amusait. 
Je me sentais bien, bizarrement plus libre qu’avant, et c’est ce qui importait. En sa présence, j’en oubliais mes problèmes… et c’était exactement ce dont j’avais besoin.  
Une fois de plus, il me raccompagna, tentant bien que mal de se faire pardonner sur le fait que moi, je n’avais pas encore vu où il résidait. 
- Je te le promets. 
Une main sur le cœur pour appuyer les dire d’un menteur. 
Je lui lançais un petit coup de poing, pour bien me montrer par là que je n’étais pas dupe.  
Puis, il partit. 
C’est seulement quand je rentrais chez moi, et arrivé dans ma chambre, que je poussais un énorme juron. 
- Et merde !! 
J’avais oublié de lui demander. 
Comment j’avais pu ? 
Emmène-moi avec toi … 
J’aurais du lui dire, surtout après ce qu’il s’était passé… 
Je me traitais mentalement d’idiote. 
C’était LE truc du siècle qu’il ne fallait surtout pas raté. 
Demain. Obligatoirement. 
Il faut que je lui dise demain. 
Cependant, le lendemain, il n’était pas là. 
Et le surlendemain non plus. 
Une semaine s’écoula sans que je ne reçoive de ses nouvelles.
La semaine d’après était ma seule chance. 
L’investisseur chinois étranger de ma mère arrivait le week-end même. 
M’aurais-tu abandonné ?
Tu étais ma seule chance… 
Traître …   
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