Traitre…
Ce mot résonnait dans ma tête, et c’est avec lui que je m’éveillais. Un réveille qui fut brutale, si brutale que j’aurais pu remettre une dose de drogue derrière, histoire de replonger. C’est ce que j’allais faire, quand, d’une attitude totalement normale, Carlos pénétra dans la pièce, comme dans un moulin.
- Alors ? T’as bien dormit ? C’est sympa le teaser tu ne trouves pas ?
- Enfoiré !
- Qu’elle vulgarité … je suis offusqué…
J’allais lui sauter à la gorge, quand, Vacci débarqua à son tour.
- Calme-toi.
- Ne m’approche pas !!
Je n’en pouvais plus. Mon corps me faisait mal, mais loin de me bloquer, cela ne fit que me pousser d’avantage à combattre. C’est comme si mon corps me disait « Tu souffres ? Alors fait souffrir. » Et malgré l’entrée de Vacci, c’est bien Carlos que je voulais tuer, et j’allais le tuer, qui a être tuer ensuite. Lena se démerdera très bien sans moi. Elle se fera kidnapper, ses parents payeront la rançon et elle rentrera chez elle. Elle m’oubliera et moi… moi…. Moi je ferais quoi ?
Une soudaine pulsion de désespoir me secoua et je me ruai sur Carlos, ayant bien l’intention de lui voler son pistolet.
- Hey ! Mais … Jail, qu’est-ce-que tu fous ?
Il ne fut pas assez rapide et je lui pris son arme avec une facilité déconcertante.
Carlos ne comprenait pas, lui, ce que j’avais l’intention de faire avec, mais à mon grand damne, Vacci, lui, comprit :
- Pose ça tout de suite !
- Non, va te faire voir Vacci !
- Jail !
J’avais pointé le pistolet sur ma tempe.
- Si t’approche, je me tue !
- Pose cette arme Jail …
- Dégage !
Je hurlais.
J’étais complètement perdu.
J’allais appuyer sur la détente, quand Vacci se précipita, m’empêchant ainsi de mettre fin à mes jours.
J’étais à terre, et lui qui m’avait arraché l’objet de ma mort.
Quand je me relevai, Vacci prit la parole.
- Carlos, sort.
- Mais…
- J’ai dit sort…
Carlos ne se le fit pas dire deux fois, il partit presque en courant.
Je profitais que Vacci ai son attention concentrée sur Carlos qui détalait comme un lapin, pour lui re-arracher le pistolet des mains.
Mais, évidement, j’échouais.
- Arrête…
Il semblait coupable, oui c’est ça il …
- Et tu culpabilises maintenant ! C’est bien la peine !!
- Calmes toi ou c’est moi qui le fait …
Il gardait son calme, bien conscient que j’étais en train de craquer et que me frapper dans ce genre de situation, ne servirait strictement à rien, bien au contraire.
- Me calmer, hein ? Ah oui ? Et comment tu comptes faire ça ?!
Mes questions n’avaient pas de sens. Il pouvait me droguer, m’évanouir ou me donner un autre coup de teaser, ce n’est pas les moyens qui manquaient…
- Tu te calmes d’accord. Sinon, je te garde sous étroite surveillance, 24h/24, ok ? Pourquoi es-tu énervé ?
Je ricanais.
J’avais presque le ricanement d’un fou, oui c’était ça, je perdais pied avec la réalité.
C’est Vacci qui me ramena sur terre…. avec une gifle.
- Reprends-toi …
- Rien …
- Quoi ?
- Je n’ai plus rien, pourquoi est-ce-que je continuerais si j’ai tout perdu ?
Vacci soupira.
- Lena est ici.
- Quoi !!
- …
- Depuis quand ? Qui la ramenée ?
- Elle est venue toute seule. Et elle veut te parler.
- …
Je ne suivais plus là… J’avais dormit si longtemps que ça ?
- Elle a réussi à avoir ton adresse, et voilà. Je ne sais pas comment et je ne sais pas pourquoi …
- Mais…
- Comprends-moi que, maintenant qu’elle est ici, elle n’en sortira plus, du moins, pas temps que je n’aurais pas touché la récompense.
- Depuis quand est-elle ici ?!!
- Un quart d’heure environ.
- … mais qu’elle idiote…
- Elle te demande.
Je me remis à ricaner…
- Pourquoi voudrait-elle me voir ?
- C’est à toi de le savoir, je ne sais pas moi. Tant qu’elle reste sur le navire, le reste m’importe peu…
- …
- Je vais la chercher …
- Non attends !!
- T’en a besoin…
- Quoi ?
Mais Vacci était déjà repartit. Qu’est-ce-que j’allais lui dire ? Et comment avait-elle fait pour savoir que j’étais ici ? Qui lui avait dit ? M’aurait-elle suivie ?
- Jason ?
J’étais entrain de méditer, les mains… ah…mon bandage avait été enlevé … enfin, j’étais sur le bout du lit, la tête entre les mains, désespéré quand Lena entre dans la pièce.
- Jason, tu m’entends ?
Je me levais précipitamment, la pris par les épaules et la secoua comme un prunier…
- Non mais t’es folle ? Qu’est-ce-que tu fous ici ?! J’avais tout fait pour te protéger, et toi, tu te jettes dans la gueule du loup ?!
- …
Son regard ne disait rien qu’y vailles. Elle m’en voulait, et j’allais payer l’addition, encore …
- Je m’inquiétais pour toi …
- Ce n’était pas une raison !
- Je pensais que tu étais mort !
- T’aurais du te contenter de ça !
- Comment j’aurais pu faire sans toi ?!
- Justement ! Avec moi, t’a vie aurait été un véritable enfer !
- Prouve-le !
- Je suis un monstre !
- Sois plus convaincant !
- Je suis un kidnappeur, et à la base, je devais t’enlever !
- Je m’en fiche !
- J’ai déjà tué !
- Et alors ?!
- Es-tu folle ?
- Non ! C’est toi qui ne comprends rien !
- Tu ne sortiras pas d’ici, comment tu comptes faire !
- Peu importe, il n’y a rien pour moi dehors !
- Il n’y a rien ici non plus pour toi !
- Tu te trompes !
- Vas-t-en pendant qu’il en est encore temps !
- Pas sans toi !
- Mais pourquoi tiens-tu à moi comme ça ?! Je ne t’apporterais rien !!
- Je t’aime, abrutit !!
- ….
- ….
- Quoi … ?
- Rien…
- Répète ce que tu viens de dire.
- Non !
- Ne joue pas avec moi !
- C’est bien à toi de dire ça !
J’avais bien entendu.
Je soupirais, mais ce fut un soupir de soulagement.
- Je t’aime aussi, idiote ….
Je l’attrapais par le poignet et l’embrassais.
Elle fut surprise, gardant les yeux écarquillés, avant de se laisser aller.
Je ne saurais dire combien de temps notre échange dura, mais quand on se sépara, on pleurait.
Tout les deux.
Malgré tout, on resta proche l’un de l’autre, ne voulant pas perdre cette proximité.
- Pourquoi tu pleures ?
J’essayais vainement d’essuyer ses larmes avec mes doigts, sachant pertinemment que ça ne servirait à rien.
- Parce-que … je te le dirais si tu me le dis d’abord …
- Je pleure, parce que je sais, que ça risque d’être la première et la dernière fois…
- Ça dépend … on pourrait partir, tous les deux…
Je soupirais. J’avais déjà envisagé cette possibilité, mais…
- Hors de question, tu entends…
Ses sanglots redoublèrent.
Je réitérais ma question.
- Pourquoi tu pleures ?
- Emmène-moi avec toi.
- …
- Loin de tout, loin d’eux, loin de mon avenir, rien qu’avec toi … je veux partir loin, rien qu’avec toi…
- Lena…
Elle releva la tête, déterminée.
- … pour ne plus jamais revenir.
Durant quelques secondes, je me sentis étrangement bien, comme si toutes mes angoisses avaient prit la porte.
Elle ne me rejetait pas.
Elle voulait partir avec moi.
Elle m’aimait.
Mais, je ne pouvais pas accepter une telle proposition.
Je ne voulais pas…
- Non.
- Quoi ?
- Non. Tu restes là. Point.
- Mais…
- Je refuse…
- Mais Jason …
- Je refuse que tu passes toute une vie à fuir avec moi.
- Ça ne me dérangerait pas.
Elle était obstinée.
Mais elle, elle avait un avenir. Chose que je n’ai et n’aurais jamais.
- Tu ne seras pas libre, si tu restes ici !
- Peu importe … Ici ou là-bas, ça ne fait pas beaucoup de différence…
- Ne dis pas n’importe quoi !
- Mais je te jure que c’est la vérité !!
- Ne me mens pas, je déteste ça !
C’est vrai. Mentir, c’est un art. Mais le mensonge n’existe, que si quelqu’un y crois. C’est comme les dieux, le courage, l’espoir, ou les chances de gagner au loto… ils n’existent pas.
Moi, qui mentais à longueur de journée, je n’étais pas vraiment en position de force pour lui dire que je ne supportais pas ça. Ça reviendrait à dire, que je ne me supporterais pas moi-même, que je me haïrais moi-même, ce qui n’est pas logique, mais certainement possible dans mon cas…
- Mes parents, ma mère en particulier, à l’intention de me marier à un actionnaire chinois.
Je me pris un coup de poignard en plein cœur, mais n’en laissa rien paraître :
- Alors, c’est ça … Tu veux être avec moi, juste pour ça, pour fuir, tu m’utilises… tu…
Clac.
…
C’était partit.
Une fois de plus, je m’étais pris une claque.
Décidément, entre Kim, Vacci et elle, c’était de loin sa gifle à elle qui m’avait fait le plus d’effet.
Kim ressemblait à une mère. C’était comme si elle m’avait réprimandée.
Vacci, si on omit de préciser que je ne peux pas le supporter, agis comme un frère, et je dois bien reconnaître que sans lui, je ne serais certainement pas en vie à l’heure qu’il est.
Mais se prendre une claque de la part de sa petite amie, c’était comme s’en prendre une de sa propre femme, ça faisait mal. Pas physiquement, le teaser et une vulgaire main sur la joue n’avait pas le même impact.
Non.
Mais c’est au cœur que tu le sens passer.
C’est comme si elle venait de me dire qu’elle rompait, et même si c’est ce que j’espérais au fond, car c’est le seul moyen pour qu’elle vive correctement, je ne pensais pas que je ressentirais ça.
J’étais triste.
Mais, puisqu’elle avait commencée les hostilités, autant y aller jusqu’au bout.
La faire tellement souffrir, qu’elle partira en courant et ne remettra plus jamais les pieds ici, qu’elle ne reviendra plus jamais vers moi.
Je me dégoutais moi-même, mais c’est le bonheur de l’autre qui passe avant tout.
Et dans mon cas, je donnerais ma vie pour elle, car c’est simple, ma vie, c’est elle.
- Tsss…. Quoi ? C’est tout ce que tu peux faire ?
Ça y est. Elle pleurait.
Et ce n’était que le début.
- Pourquoi ?
- Pourquoi quoi ? Soit plus précise.
- Pourquoi t’agis comme ça ?
- Pff, c’est toi qui m’utilises, mais c’est moi qui est en tord ?
- Je n’ai jamais dit ça.
- Tes gestes ont remplacés les mots.
- Ce n’est pas pour ça que je t’ai giflé !
- Ah oui, alors pourquoi ? T’en avais une envie soudaine, hein, c’est ça ?
- Laisse-moi m’expliquer à la fin !
- Je n’ai rien à entendre de toi !
Et c’est à se moment là que l’on oublia subitement notre dispute, que l’on se retrouva en maillot de bain, sur la plage, devant, évidement, un magnifique couché de soleil, et que Lena me sauta au cou.
« Oh mon amour ! Pardonne-moi ! »
« Bien évidement ma chérie ! »
« Oh, marions-nous à Las Vegas (c’est plus rapide) »
Et ils se marièrent en cinq minutes à Las Vegas, habitèrent dans un taudis et n’eurent pas d’enfants.
Fin.
Désolé, mais l’auteur, il a aussi parfois besoin d’évacuer… Bon revenons-en à nos moutons…
Et c’est ce moment que choisis Vacci pour faire irruption dans la pièce, mais mon attention était concentré sur la fautive.
Mes yeux faisaient le vas et viens entre Lena et la porte, et j’avoue qu’elle m’avait réellement blessée.
- Vas-t’en.
Rien.
Ce n’était pas de la plaisanterie ou une saute d’humeur passagère qui m’avait poussée à dire ça.
Non.
Je le ressentais. Je voulais qu’elle quitte la pièce. Qu’elle me laisse seule. Qu’elle me lâche. Qu’elle s’en aille. J’avais du mal à le reconnaître, mais en cet instant, je voulais…
Qu’elle disparaisse.
Et c’est ce qu’elle fit. Mais elle ne partie pas en courant, les larmes aux yeux.
Elle mesura chacun de ses gestes, chacun de ses pas.
Et quand elle franchit la porte, dans ce qui me parue être une éternité, elle se retourna, me renvoyant par la même, un regard de pur haine, comme moi seul pouvait en faire dans mes meilleurs jours.
On se défiait mutuellement du regard, et c’est comme si Vacci n’existait plus.
Tiens, il est encore là lui ?
Enfin bref, elle m’avait blessée, et je voulais qu’elle comprenne, que d’elle, de sa part, je ne l’acceptais pas.
Elle est la dernière personne par qui j’aurais voulu être blessé.
Et c’est donc sur cette dernière note, que nos regards se séparèrent, laissant un silence pesant et gênant s’installer.
Une fois que Lena fut hors de mon champ de vision, je reportais enfin mon attention sur l’intrus.
J’eus l’espoir pendant quelques minutes, que ma précédente technique marcherait sur Vacci, mais je descendis bien vite de mon nuage :
- Vas-t’en !
Vacci entra et referma la porte derrière lui, un sourire arrogant peint sur les lèvres :
- Ça ne marchera pas.
Ça ne marchera pas ?
Voulait-il dire que ma relation avec Lena était vouée à l’échec ?
Qu’est-ce qui ne marchera pas ?
- Ce ne sont pas tes affaires !
Il rigolait. Pas méchamment, je pense plus qu’il cherchait à me taquiner, mais vu que je n’étais pas d’humeur, je le pris donc, au premier degré.
- Ne te fous pas de moi !
- Hey zen !
Il réprima un fou rire.
- Ce n’est pas de ma faute si tu n’es pas doué en amour, mon gars…
J’eus les yeux ronds…
Quoi ? C’était pour ça qu’il rigolait ?
- Remarque je suppose, vu ta façon d’agir, que c’est ta première fois ?
- Quoi ?
- Dans le mile.
- Vas-t’en !
- Oh que non !
Là, j’étais gêné, honteux, mais je ne saurais dire pourquoi…
Je tentais de pousser Vacci hors de la pièce, mais mon corps me rappela rapidement à l’ordre :
« Ô toi, grand propriétaire de ce pauvre corps meurtrie et qui tient encore debout par la force du saint esprit, je te rappel que t’es supposé être blessé, alors, tu te calmes deux secondes, ok ? »
Je manquais donc de m’écrouler, si Vacci ne m’avait pas rattrapé in extremis.
- Remarque, avec le caractère que vous avez tous les deux…
Je m’étais assis sur mon lit, pas dans mon assiette.
- Ce n’est pas la peine de m’enfoncer…
- Ce n’était pas mon intention…
Soupir.
Et maintenant, j’allais faire quoi ?
Vacci s’éclipsa, me laissant seul avec toutes ses interrogations qui allaient me rendre fou.
- Tu sais où me trouver…
Et il disparut.
Si seulement elle était restée loin d’ici, loin de cet environnement, loin de tout ce sang…
A la base, la situation s’avérait déjà être très délicate, mais alors là, j’étais dans une impasse… ou non.
Justement, elle me haie, c’est ce que j’ai voulu, ses parents vont payer la rançon, elle aura une vie normale, ou à peu près, et moi j’aurais qu’à me pendre une fois toute cette histoire terminée.
Mais voilà, l’amour, qu’elle sentiment idiot, mes bonnes résolutions ne firent pas long feu, et seulement une minute après, j’étais… devant la porte des appartements de Vacci.
J’allais toquer à sa porte, quand de l’extérieur, Vacci me dit, avec toute la fierté et l’arrogance dont il savait faire preuve :
- Je savais que t’allais venir ! Elle s’est réfugiée dans les appartements de Kim !
- Espèce de …..
- De rien c’est gratuit !!
Bon.
Je ne devais m’en prendre qu’à moi-même, et ne pas blâmer ce « pauvre » Vacci…
Mais je lui renverrais l’appareil, et dans tous les sens du terme, un jour, surtout avec le coup du teaser.
J’arrivais assez rapidement devant les quartiers de Kim, mais tout d’un coup, je n’avais plus tellement envie que ça d’aller voir Lena.
Si je franchissais cette porte, j’allais céder, ça, c’était sûr et certain, et après, elle voudrait que l’on parte loin, ensemble, jusqu’au jour où Carlos et les autres nous retrouverons et nous tuerons.
Pas que la mort me fait peur en elle-même, mais c’est plutôt la façon dont je vais mourir que j’aimerais, au moins, choisir.
- C’est ouvert, tu sais.
Autre soupir. La discrétion n’était vraiment pas mon fort en ce moment.
- D’accord, j’entre…
Et voilà, je franchis la porte, celle qui allait me mener vers un semblant de bonheur, puis vers l’angoisse des jours qui passe, et finalement, à une mort certaine, et certainement très douloureuse.
Lena était entrain de sangloter dans les bras de Kim. Elles étaient toutes les deux assises sur le lit, et l’image de Kim, comme ça, entrain d’essayer de consoler Lena, me fit penser qu’elles étaient meilleures amies.
J’avais encore le temps.
Lena n’avait pas encore remarqué ma présence.
La porte était encore ouverte, j’aurais pu m’en aller, fuir, et la laisser là, sachant qu’elle s’en sortira. Mais Kim réduit à néant toute mes chances de prendre la tangente.
Elle chuchota, assez pour que je l’entende, à l’oreille de Lena :
- Jail est là… et si tu ne veux pas qu’il s’en aille en courant, faut réagir maintenant tu ne crois pas ?
Elle releva brusquement la tête, remarquant au passage ma présence, et je faillis tuer Kim sur le coup, pour avoir grillé mon semblant de couverture.
- Jail ?
- Oui, c’est son vrai prénom.
Vas-y, dis-lui tout se suite que j’ai tué mes parents à un âge prématuré tant que t’y es…
- Et tu sais quoi …
- Bon ça va arrête Kim !
Elle souriait, contente d’avoir réussis à arrêter les battements de mon cœur pendant quelques minutes.
Un silence pesant s’en suivit, et Lena et moi nous regardions en chien de faïence, faisant abstraction de la présence de Kim.
C’est Lena qui commença.
- Qu’est-ce-que tu veux ?
Elle était agressive. Je refermais la porte et m’avança vers elle, signant ainsi, notre arrêt de mort à tous les deux.
- Savoir pourquoi tu m’as giflé.
Moi, je jouais la carte de la neutralité.
- Je croyais que tu ne voulais plus rien entendre de moi tout à l’heure ? Faudrait savoir ce que tu veux !
- Me faire pardonner. Si j’ai agis comme ça, c’est simple, je ne voulais pas que tu deviennes une fugitive en cavale, recherché par des gangsters, surtout que, dans ce type de scénario, on n‘aurait pas pu gagner. Je voulais que tu retournes tranquillement chez toi, que tu vives une vie normale et que… tu m’oublies.
Clac.
- Pourquoi tu m’as giflé ?!
- Pour la même raison que tout à l’heure !
- J’espère que ça en valait la peine !
- Oui, et ouvre bien grand tes oreilles, parce-que je ne le répéterais pas deux fois !
- …
- Je t’aime, imbécile… et quand j’ai dit que ma mère allait me marier avec un actionnaire chinois, je ne les pas dit pour te blesser, et je ne t’utilise pas non plus, je les dis pour te montrer à quel point cette idée me répugne.
- …
- Ça me dégouterais de devoir vivre avec un autre que toi.
- …
Bon ben, j’avais l’air malin comme ça…
- Oh regarde ! T’as vu il est tout rouge !
- Oh toi, tu la fermes !
Kim n’avait pas pu s’en empêcher.
Je pris un peu de temps pour me calmer, puis, tentant d’oublier la mère poule, j’entrepris de dialoguer avec Lena.
- Et maintenant ?
- Maintenant, quoi ?
- On va faire comment ?
- Vous pourriez… fuir.
- Non Kim, je l’ai déjà dit à Lena, je refuse de la mêler à ça !
- C’est vrai que l’on sera poursuivi toute notre vie…
- Sauf, si vous faites croire que vous êtes mort.
- …
Lena semblait étudier attentivement la proposition, et moi j’étais déjà entrain de me préparer mentalement à un éventuel voyage quelque part.
- Et comment tu comptes faire ça ?
…
Et voilà, actuellement j’étais dans mes quartiers, avec Lena, entrain de faire… ma valise.
…
Je m’étais encore fait avoir.
Mais lutter, je n’en avais plus la force.
Le plan de Kim était simple, mais avec nous, tout tourne mal de toute façon.
C’est ainsi que, du jour au lendemain, Kim avait réussi à mettre en place sa stratégie.
Un accident de voiture, tout ce qu’il y avait de plus banal. La voiture déraillera et Kim, témoin de la scène, rentrera affoler, annonçant que, nous ayant vu nous enfuir, elle avait tenté de nous rattraper, et qu’elle avait été témoin du drame, témoin de notre mort à tout les deux.
Seulement, il y avait un hic :
On n’avait pas le droit à l’erreur.
Si notre plan ne fonctionnait pas, Lena et moi nous finissions au fond d’un ravin, et si Kim n’était pas crédible, c’était simple, elle mourait.
Le jour tant redouté arriva rapidement, étant donné qu’il s’agissait de s’évader deux jours plus tard.
Lena et moi nous montions dans la voiture, une vieille Renaud Clio, celle qui devait nous servir de cercueil. Pour que cette histoire soit potable, nous devions avoir des témoins oculaires, qui pourraient, sans problème, aider Kim à être innocenté de tout soupçon concernant notre évasion. Donc, tous ensemble, nous avions mis en place et répété une petite mise en scène :
Trois,
Deux,
Un…
- Les prisonniers s’échappent, Jail et Lena se font la mal !
Bon, ok, je vois de loin vos têtes, nous n’étions, certes, pas très doué, mais contre toute attente, notre public, lui, nous a cru, et c’était l’essentiel.
- Vite ! Poursuivez-les !
- Allez prévenir Vacci ! Vite ! Je vais tenter de les rattraper !
- Ok !
Et voilà.
C’est plutôt simple, non ?
Ben en fait… non.
- Attends je vais te filer un coup de main !
- Euh…
Ben non, tu vois là en réalité, j’essaye de les aider à s’enfuir, donc, ne me dérange pas s’il te plaît, merci !
La boulette… Mais j’avais paré à toutes les éventualités, et j’avais donc pris soin de crever gentiment quelques pneus de voiture, histoire d’être vraiment tranquille.
- Hey mais… la voiture elle n’avance pas !
- T’inquiète j’assure ! Dès que tu peux, rejoins-moi !
- Ok, par devant !
Affaire classée.
Donc, pendant que je roulais comme un dératé sur la quatre voies, et que Lena me disait que l’on allait réellement finir par avoir un accident, Kim était la seule à nous avoir suivit.
Maintenant, le moment s’avérait crucial. Lena et moi devions sauter de la voiture, pendant que celle-ci tombait du pont.
Autant vous dire qu’il valait mieux ne pas rater son coup.
- Jail ?
- Quoi ? Ne me dis pas que t’as peur ?
- Ben en fait… je ….
- T’inquiète, tout se passera bien.
- Ben non justement.
- Pourquoi ?
- Parce-que les portières de la voiture, elles sont verrouillées.
- Quoi …. ?
- T’avais raison depuis le début, on n’aurait jamais pu vivre ensemble, et cette vie que tu mènes, tout comme la mienne, elles sont entrain de nous bouffer.
- Tu as décidé de te suicider ?
- …oui….
- Et de me condamner par la même occasion ?
- Je…
- T’aurais au moins pu me demander mon avis, tu ne crois pas ?
- Je suis sincèrement désolé…. Je pensais que…
- Tu m’aurais évité le déplacement….
- Quoi … ?
- J’ai passé la nuit à trafiquer les freins pour les bousiller, j’aurais su qu’on aurait eu la même idée, je ne me saurais pas donner toute cette peine.
Elle pleurait désormais. Mais elle riait aussi. C’est vrai que dans une relation normale, l’un ne choisit pas la date de mort de l’autre, sous peine d’être traitée de tous les noms, et par-dessus tout, envoyé à l’asile.
Mais voilà, Lena était ma vie, et je mourais certainement par sa main.
Et je pense que de son côté, elle a pleinement conscience que de me suivre sur ce chemin, ne la mènera que vers l’enfer.
Alors, pourquoi ne pas jouer les fainéant pour une fois, de se simplifier la vie en y mettant fin.
C’est ainsi que je précipitais notre chute, tournant plus tôt que d’habitude, la barrière se brisant comme une allumette, nous amorcions notre chute vers le vide.
Cet instant, dura plus qu’il n’aurait du durer.
Tout tournait au ralentit.
Tout, sauf nous.
Lena pleurait encore, mais je doute que sur le moment, ce sois des larmes de peur, ou de regret, bien au contraire.
A quelques secondes de l’impact, enlacé, nous fermions nos yeux, espérant ne plus jamais avoir à les rouvrir, et dans un ultime baiser, la voiture toucha terre.
Fin.